Si vous considérez la grandeur de celui qui donne, rien de ce qu'il donne ne vous paraîtra petit ni méprisable: car peut-il être quelque chose de tel dans ce qui vient d'un Dieu infini?

Vous envoie-t-il des peines et des châtiments, recevez-les encore avec joie: car c'est toujours pour notre salut qu'il fait ou qu'il permet tout ce qui nous arrive.

Voulez-vous conserver la grâce de Dieu, soyez reconnaissant lorsqu'il vous la donne, patient lorsqu'il vous l'ôte. Priez pour qu'elle vous soit rendue, et soyez humble et vigilant pour ne pas la perdre.

RÉFLEXION.

L'homme est si pauvre, qu'il n'a pas même une bonne pensée, un bon désir, qui ne lui vienne d'en haut. De lui-même il ne peut rien, pas même souhaiter d'être affranchi de sa misère, qu'il ne connaît que par une lumière surnaturelle… Si la divine miséricorde ne le prévenait, il languirait dans une éternelle impuissance de tout bien. Plus la grâce donc lui est donnée avec abondance, plus il a raison de s'humilier, en voyant ce qu'il serait sans elle, ce qu'il est par son propre fonds. Créature insensée, qui t'enorgueillis des dons de Dieu, qu'as-tu que tu n'aies reçu? et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier, comme si tu ne l'avais pas reçu[131]? Il faut que l'orgueil plie sous cette parole, et que l'homme tout entier s'anéantisse en présence de celui qui seul le retire de l'abîme où le péché l'avait précipité. Il ne se relève qu'en s'abaissant; ce qui faisait dire à saint Paul: Quand je me sens faible, c'est alors que suis fort[132]. Je vous comprends, ô grand Apôtre! ce sentiment qui vous humilie appelle la grâce promise aux humbles[133], et par elle vous êtes revêtu de la force de Dieu même. Que ne devons-nous point à ce Dieu de bonté, et que lui rendrons-nous pour tant de bienfaits? Hélas! dans notre indigence, nous n'avons à lui offrir que notre cœur, et c'est aussi tout ce qu'il demande de sa pauvre créature. Que ce cœur au moins lui appartienne sans réserve; que rien ne le partage; qu'il ne veuille, qu'il ne goûte que Dieu, ne vive que de son amour; et qu'ainsi commence sur la terre cette union ravissante qui sera plus tard notre éternelle félicité!

[ [131] I. Cor., IV, 7.

[ [132] II. Cor., XII, 10.

[ [133] Jacob, IV, 6.

CHAPITRE XI.
Du petit nombre de ceux qui aiment la Croix de Jésus-Christ.

1. Il y en a beaucoup gui désirent le céleste royaume de Jésus, mais peu consentent à porter sa Croix.