[ [194] Ps. XVIII, 15.

5. Combattez comme un généreux soldat; et si quelquefois vous succombez par fragilité, reprenez un courage plus grand, dans l'espérance d'être soutenu par une grâce plus forte; et gardez-vous surtout de la vaine complaisance et de l'orgueil.

C'est ainsi que plusieurs s'égarent, et tombent dans un aveuglement presque incurable.

Que la chute de ces superbes qui présumaient follement d'eux-mêmes, vous soit une leçon continuelle de vigilance et d'humilité.

RÉFLEXION.

Tous ceux qui disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas dans le royaume des cieux; mais celui qui fait la volonté de mon père qui est au ciel, celui-là entrera dans le royaume des cieux[195]: c'est par les œuvres que se connaît le véritable amour. Toujours prompt à obéir, jamais il ne se relâche, il ne se décourage jamais. Dans l'amertume et dans la joie, dans la consolation et dans la souffrance, il loue, il bénit également celui qui frappe et qui guérit[196], selon ses divins conseils, impénétrables à la créature. La tentation vient-elle l'éprouver, il combat, il résiste avec paix, parce qu'il ne compte point sur ses propres forces, et n'attend la victoire que du secours d'en haut. S'il succombe quelquefois, il se relève aussitôt sans trouble, humilié, mais non abattu. Son repentir, quoique profond, est calme, parce qu'il est exempt de l'irritation de l'orgueil. Ses fautes l'affligent, et ne l'étonnent point. Il connaît sa fragilité, et il en gémit, plein de confiance en la grâce qui le soutiendra, s'il lui est fidèle. Détaché de la terre et de ses vanités qu'on appelle des biens, que veut-il? ce que Dieu veut: il n'a point d'autre volonté, ni d'autre désir. Quand le bien-aimé se retire et se dérobe à ses transports, loin de murmurer, et loin de se plaindre, il s'avoue indigne de le posséder, et la privation, qui le purifie, enflamme encore son ardeur. Ô Jésus, qu'elles sont merveilleuses les voies par où vous conduisez les âmes qui vous aiment, qui ont soif de vous[197]! Tantôt vous les inondez de votre joie, tantôt vous les délaissez dans les larmes: maintenant vous les prévenez, et puis elles semblent vous appeler en vain, comme l'épouse du divin cantique. Épreuves de tendresse et de miséricordes! Ainsi épurées, ces âmes élues peu à peu se dégagent de leurs liens; elles s'élancent vers vous, et un dernier effort d'amour les porte au pied du trône où vous vous montrez sans voile. Alors la jouissance, alors l'allégresse et l'éternel rassasiement: Satiabor cùm apparuerit[198]!

[ [195] Matth., VII, 21.

[ [196] Deuter., XXXII, 39.

[ [197] Ps. XLI, 3.

[ [198] Ibid., XVI, 15.