Ce que je ne peux souffrir en autrui, je dois m'en préserver avec soin.
5. Oh! qu'il est bon, qu'il est nécessaire pour la paix, de se taire sur les autres, de ne pas tout croire indifféremment, ni tout redire sans réflexion, de se découvrir à peu de personnes, de vous chercher toujours pour témoin de son cœur, de ne pas se laisser emporter à tout vent de paroles; mais de désirer que tout en nous et hors de nous s'accomplisse selon qu'il plaît à votre volonté!
Que c'est encore un sûr moyen pour conserver la grâce céleste, de fuir ce qui a de l'éclat aux yeux des hommes, de ne point rechercher ce qui semble attirer leur admiration; mais de travailler ardemment à acquérir ce qui produit la ferveur et corrige la vie!
À combien d'hommes a été funeste une vertu connue et louée trop tôt!
Que de fruits, au contraire, d'autres ont tirés d'une grâce conservée en silence durant cette vie fragile, qui n'est qu'une tentation et une guerre continuelle!
RÉFLEXION.
Ne vous appuyez pas sur les hommes, car ils vous manqueront tôt ou tard. L'homme est faible, indiscret, inconstant, léger, enclin à tout rapporter à soi. Le moindre caprice l'éloigne, le moindre intérêt suffit pour le transformer en ennemi. Alors il se montre tel qu'il est. Il vous aimait, mais pour lui-même, pour tirer parti de vous au besoin. Fuyez, fuyez ces faux amis du monde. Celui-ci vous trahit, cet autre vous délaisse. Arrive-t-il des circonstances qui vous forcent de recourir à eux, tous commencent à s'excuser. Le premier dit: J'ai acheté une terre; il faut nécessairement que je l'aille voir: je vous supplie de m'excuser. Un autre dit: J'ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les éprouver: je vous supplie de m'excuser. Un autre dit: J'ai épousé une femme, et c'est pourquoi je ne puis aller[428]. Voilà les amitiés humaines. Vous seul, mon Dieu, vous seul n'abandonnez point ceux qui vous aiment, ceux qui espèrent en vous: toujours vous êtes près d'eux pour les soutenir et les consoler. Jamais vous ne vous lassez d'entendre leurs gémissements, d'écouter leurs plaintes, de recueillir leurs larmes. Rien n'est au-dessous de votre tendresse: cet homme abject aux yeux des hommes, ce pauvre rebuté de toutes parts, vous l'assistez, mon Dieu, sur le lit de sa douleur, et votre main retourne son lit pour y reposer ses infirmités[429]: puis, quand sa tâche est accomplie, à la fin du jour, vous le recevez dans l'éternelle paix.
[ [428] Luc., XIV, 18, 20.
[ [429] Ps. XL, 4.