Car, ce qu'un homme est à vos yeux, Seigneur, voilà ce qu'il est réellement, et rien de plus, dit l'humble saint François.

RÉFLEXION.

Dieu permet que notre âme soit quelquefois comme abandonnée. Nulle consolation, nulle lumière; mais de toutes parts des épreuves, des tentations, des angoisses: elle se croit près d'y succomber, parce qu'elle n'aperçoit plus le bras qui la soutient. Que faire alors? dire comme Jésus: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé[478]? Et cependant demeurer en paix dans la souffrance et dans les ténèbres, jusqu'à ce que les ombres déclinent, et que nous découvrions l'aurore d'un nouveau jour[479]. Cet état est le plus grand exercice de la foi; c'est pour l'âme une image de la mort: froide, sans mouvement, insensible en apparence, elle est comme enfermée dans le tombeau, et ne tient plus, ce semble, à Dieu, que par une volonté languissante, dont elle n'est pas même assurée. Oh! que de grâces sont le fruit de cette agonie supportée avec une humble patience! Oh! que de péchés rachètent cette passion! C'est alors que s'achève en nous le mystère du salut, et que nous devenons véritablement conformes à Jésus, pourvu qu'avec une foi sincère, inébranlable, nous ne cessions de répéter cette parole de résignation: Oui, mon Père, j'accepte ce calice: je veux l'épuiser jusqu'à la lie; oui, mon Père, parce qu'il vous a plu ainsi[480].

[ [478] Matth., XXVI, 46.

[ [479] Cant., II, 17.

[ [480] Matth., XI, 26.

CHAPITRE LI.
Qu'il faut s'occuper d'œuvres extérieures, quand l'âme est fatiguée des exercices spirituels.

1. J.-C. Mon fils, vous ne sauriez sentir toujours une égale ardeur pour la vertu, ni vous maintenir sans relâche dans un haut degré de contemplation; mais il est nécessaire, à cause du vice de votre origine, que vous descendiez quelquefois à des choses plus basses, et que vous portiez, malgré vous, et avec ennui, le poids de cette vie corruptible.

Tant que vous traînerez ce corps mortel, vous éprouverez un grand dégoût et l'angoisse du cœur.

Il vous faut donc, pendant que vous vivez dans la chair, gémir souvent du poids de la chair, et de ne pouvoir continuellement vous appliquer aux exercices spirituels et à la contemplation divine.