4. Car tout ce qui semble devoir procurer la paix et le bonheur, n'est rien sans vous, et réellement ne sert de rien pour rendre heureux.
Vous êtes donc le principe et le terme de tous les biens, la plénitude de la vie, la source inépuisable de toute lumière et de toute parole; et la plus grande consolation de vos serviteurs est d'espérer uniquement en vous.
Mes yeux sont élevés vers vous; en vous je mets toute ma confiance, mon Dieu, père des miséricordes.
Sanctifiez mon âme, bénissez-la de votre céleste bénédiction, afin qu'elle devienne votre demeure sainte, le siége de votre éternelle gloire, et que, dans ce temple où vous ne dédaignez pas d'habiter, il n'y ait rien qui offense vos regards.
Regardez-moi, Seigneur, dans votre immense bonté; et, selon l'abondance de vos miséricordes[555], exaucez la prière de votre serviteur misérable, exilé loin de vous dans la région des ténèbres et de la mort.
[ [555] Ps. LXVIII, 16, 17.
Protégez et conservez l'âme de votre pauvre serviteur au milieu des dangers de cette vie corruptible; que votre grâce l'accompagne et le conduise par le chemin de la paix, dans la patrie de l'éternelle lumière. Ainsi soit-il.
RÉFLEXION.
Quand on a tout parcouru, tout entendu, tout vu, il faut en revenir à cette parole qui renferme toute sagesse et toute perfection: Dieu seul. «Considérez, disait un humble religieux de saint François, des mille millions de créatures plus parfaites que celles qui sont à présent, tant dans les voies de la nature que dans les voies de la grâce. Réitérez à l'infini votre multiplication, et comparez ensuite ces créatures si parfaites au grand Dieu des éternités; dans cette vue, elles deviennent à rien. Je prenais, ajoutait-il, un grand plaisir dans cette multiplication; et de voir qu'en même temps que l'Être de Dieu paraissait, ces créatures qui se montraient si excellentes et si pleines de gloire, se retiraient d'une rapidité incroyable dans leur centre qui est le néant. Et voyant que le grand Dieu était en moi, et plus en moi que je n'y étais moi-même, j'en ressentais une joie inexplicable, et je ne pouvais comprendre comment il était possible d'avoir Dieu en soi et partout au dehors de soi, et de s'occuper des créatures. J'étais ravi qu'il fût seul éternel, seul immuable, seul infini, et je vous dis en vérité, qu'en disant: En mon Dieu tout est Dieu, ma volonté était touchée d'un si grand et si ardent amour, qu'il me semblait que tout l'être créé disparaissait devant moi, et qu'à jamais je ne serais plus occupé que de Dieu seul. Je ne puis expliquer l'infinie jubilation de mon cœur à la vue de ses immenses perfections: mais voyant ses grandeurs incompréhensibles, et d'autre part mon néant avec toutes les misères qui l'accompagnent, j'allais de l'infini à l'infini, et je me trouvais incapable, de l'infini à l'infini, de l'aimer comme je l'aurais voulu, ce qui me faisait souffrir inénarrablement; car plus je me trouvais impuissant à l'aimer d'un amour réciproque, plus un secret amour me dévorait intérieurement. Alors j'allais cherchant des secrets dans ma bassesse, comme navré et enivré d'amour, ne connaissant pas ce que je faisais: et, chose étrange, dans ce travail de l'âme, ces saillies de l'infini en perfection à l'infini de ma bassesse, m'étaient autant de feux d'amour qui me consumaient de leurs ardeurs[556].»
[ [556] L'homme intérieur, ou la Vie du vénérable père Jean-Chysostome, religieux pénitent du tiers-ordre de Saint François; pag. 158, 175, 176.