5. Chose merveilleuse, que nul homme ne saurait comprendre, mais que tous doivent croire; que vous, Seigneur mon Dieu, vrai Dieu et vrai homme, vous soyez contenu tout entier sous la moindre partie des espèces du pain et du vin, et que, sans être consumé, vous soyez mangé par celui qui vous reçoit.

Souverain maître de l'univers, vous qui, n'ayant besoin de personne, avez cependant voulu habiter en nous par votre Sacrement: conservez sans tache mon âme et mon corps, afin que je puisse plus souvent célébrer vos saints mystères, avec la joie d'une conscience pure, et recevoir pour mon salut éternel ce que vous avez institué principalement pour votre gloire, et pour perpétuer à jamais le souvenir de votre amour.

6. Réjouis-toi, mon âme, et rends grâces à Dieu d'un don si magnifique, d'une si ravissante consolation, qu'il t'a laissée dans cette vallée de larmes.

Car toutes les fois qu'on célèbre ce mystère, et qu'on reçoit le corps de Jésus-Christ, l'on consomme soi-même l'œuvre de sa rédemption, et on participe à tous les mérites du Christ.

Car la charité de Jésus-Christ ne s'affaiblit jamais, et jamais sa propitiation infinie ne s'épuise.

Vous devez donc toujours vous disposer à cette action sainte par un renouvellement d'esprit, et méditer attentivement ce grand mystère de salut.

Lorsque vous célébrez le divin sacrifice, ou que vous y assistez, il doit vous paraître aussi grand, aussi nouveau, aussi digne d'amour que si, ce jour là-même, Jésus-Christ descendant pour la première fois dans le sein de la Vierge, se faisait homme, ou que, suspendu à la croix, il souffrît et mourût pour le salut des hommes.

RÉFLEXION.

L'Apôtre saint Jean, ravi en esprit dans la Jérusalem céleste, vit, au milieu du trône de Dieu, un Agneau comme égorgé, et autour de lui les sept esprits que Dieu envoie par toute la terre, et vingt-quatre vieillards; et ces vieillards se prosternèrent devant l'Agneau, tenant dans leurs mains des harpes et des coupes pleines de parfums, qui sont les prières des saints: et ils chantaient un cantique nouveau à la louange de celui qui a été mis à mort, et qui nous a rachetés pour Dieu, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation: et des myriades d'anges élevaient leurs voix, et disaient: L'Agneau qui a été égorgé est digne de recevoir puissance, dignité, sagesse, force, honneur, gloire et bénédiction! et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, et dans la mer, et tout ce qui est dans ces lieux, disaient: À celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles[604]! Voici maintenant un autre spectacle. Ce même agneau qui reçoit, sur son trône éternel, l'adoration des anges et des saints, et qu'environne toute la gloire des Cieux, vient à nous plein de douceur[605], et, voilé sous les apparences d'un peu de pain, il se donne à ses pauvres créatures, pour sanctifier notre âme, pour la nourrir, et notre corps même, par l'union substantielle de sa chair à notre chair, de son sang à notre sang, s'incarnant, si on peut le dire, de nouveau en chacun de nous, et y accomplissant, d'une manière incompréhensible, en se communiquant à nous selon tout ce qu'il est, le grand sacrifice de la Croix. Ô Christ, fils du Dieu vivant, que vos voies sont merveilleuses! et qui m'en développera le mystère impénétrable? Si je monte jusqu'au Ciel, je vous y vois dans le sein du Père, tout éclatant de sa splendeur. Si je redescends sur la terre, je vous y vois aussi dans le sein de l'homme pécheur, indigent, misérable; attiré en quelque sorte et fixé par l'amour, aux deux termes extrêmes de ce qui peut être conçu, dans l'infini de la grandeur et dans l'infini de la bassesse; et comme si ce n'était pas assez de venir à cet être déchu quand il vous désire, quand il vous appelle, vous l'appelez vous-même le premier, vous l'appelez avec instance, vous lui dites: Venez, venez à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai[606]: venez, j'ai désiré d'un grand désir de manger cette Pâque avec vous[607]. C'en est trop, Seigneur, c'en est trop; souvenez-vous qui vous êtes: ou plutôt faites, mon Dieu, que je ne l'oublie jamais, et que je m'approche de vous comme les anges eux-mêmes s'en approchent, en tremblant de respect, avec un cœur rempli du sentiment de son indignité, pénétré de vos miséricordes et embrasé de ce même amour inépuisable, immense, éternel, qui vous porte à descendre jusqu'à lui!

[ [604] Apoc., V.