Pour comprendre la grandeur du sacerdoce chrétien, il faut considérer les caractères qui le distinguent immuablement, et forment comme le sceau divin dont il fut marqué à son origine. Et d'abord il est un: de même qu'il n'y a qu'un Dieu, il n'y a qu'un Médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ[634], apôtre et pontife de notre foi[635], toujours vivant pour intercéder en notre faveur[636]. Tout prêtre, dans l'exercice de ses célestes fonctions, représente Jésus-Christ, ou plutôt est Jésus-Christ même, qui seul opère véritablement ce qu'annoncent les paroles et les actes de son ministre, seul lie et délie, seul dispense la grâce, seul immole et offre à son Père la victime de propitiation, qui est une aussi: car Jésus entrant par son sang une seule fois dans le Saint des saints, a consommé la rédemption éternelle[637]. Ainsi un sacrifice, un prêtre, un sacerdoce, qui, dans son immense hiérarchie, n'est que le Pontife invisible des biens futurs[638], est multiplié visiblement sur tous les points de la terre, pour y continuer sa grande mission jusqu'à la fin des siècles[639]. Et non-seulement le sacerdoce est un, il est encore universel; car tous les peuples ont été donnés en héritage à Jésus-Christ[640], et depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, en tous lieux le sacrifice doit être accompli et l'offrande pure présentée au Seigneur[641]. Il est éternel; car, de toute éternité, Dieu a dit au Christ: Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui; et encore: Tu es prêtre éternellement selon l'ordre de Melchisédech[642]. Il est saint; car il convenait que nous eussions un tel Pontife, saint, pur, sans tache, séparé des pécheurs, et élevé au-dessus des cieux[643]; et les démons mêmes, vaincus par celui qui possède le sacerdoce éternel[644], lui ont rendu ce témoignage: Je sais qui vous êtes, le Saint de Dieu[645]. Oh! qu'elle est élevée, qu'elle est sublime la dignité du prêtre! mais aussi qu'elle est redoutable! Associé à la puissance de Jésus-Christ Pontife, dans l'unité de son sacerdoce, ministre avec lui et en lui du sacrifice de la Croix, renouvelé chaque jour sur l'autel, d'une manière non sanglante; distributeur du pain de vie, du corps et du sang du Rédempteur, sur lesquels il lui a été donné pouvoir; revêtu de la mission du Fils de Dieu pour le salut du monde, ses devoirs sont proportionnés à une si haute vocation, et c'est à lui surtout qu'il est dit: Soyez saint, parce que moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint[646]. Pauvre pécheur, si faible, si languissant, si infirme, comment pourrai-je m'élever, ô Jésus! à la sainteté que vous exigez de moi? Je tremble à cette pensée, et je perdrais toute espérance, si votre bonté ne daignait me rassurer, disant: Cela est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu[647]?

[ [634] Tim., II, 5.

[ [635] Hebr., III, 1.

[ [636] Ib., VII, 25.

[ [637] Ib., IX, 12; VII, 27.

[ [638] Ib., IX, 11.

[ [639] Matth., XXVIII, 20.

[ [640] Ps. II, 8.

[ [641] Malach., I, 11.

[ [642] Hebr., V, 5, 6; VI, 20.