Il y a en nous une secrète malice qui se complaît à découvrir les imperfections de nos frères: et voilà pourquoi nous sommes si prompts à les juger, oubliant qu'à Dieu seul appartient le jugement des cœurs. Au lieu de scruter si curieusement la conscience d'autrui, descendons dans la nôtre; nous y trouverons assez de motifs d'être indulgents envers le prochain et de troubles pour nous-même. Vous n'êtes chargé que de vous, vous ne répondrez que de vous; Ne jugez donc point, afin que vous ne soyez point jugé[53].
[ [53] Matth., VII, 2.
CHAPITRE XV.
Des œuvres de charité.
1. Pour nulle chose au monde, ni pour l'amour d'aucun homme, on ne doit faire le moindre mal; on peut quelquefois cependant, pour rendre un service dans le besoin, différer une bonne œuvre, ou lui en substituer une meilleure: car alors le bien n'est pas détruit, mais il se change en un plus grand.
Aucune œuvre extérieure ne sert sans la charité; mais tout ce qui se fait par la charité, quelque petit et quelque vil qu'il soit, produit des fruits abondants.
Car Dieu regarde moins à l'action qu'au motif qui fait agir.
2. Celui-là fait beaucoup, qui aime beaucoup.
Celui-là fait beaucoup, qui fait bien ce qu'il fait; et il fait bien lorsqu'il subordonne sa volonté à l'utilité publique.
Ce qu'on prend pour la charité, souvent n'est que la convoitise; car il est rare que l'inclination, la volonté propre, l'espoir de la récompense, ou la vue de quelque avantage particulier, n'influe pas sur nos actions.
3. Celui qui possède la charité véritable et parfaite, ne se recherche en rien; mais son unique désir est que la gloire de Dieu s'opère en toute chose.