6. Si une seule fois vous étiez entré bien avant dans le cœur de Jésus, et que vous eussiez ressenti quelque mouvement de son amour, que vous auriez peu de souci de ce qui peut ou vous contrarier ou vous plaire! Vous vous réjouiriez d'un outrage reçu, parce que l'amour de Jésus apprend à l'homme à se mépriser lui-même.

Celui qui aime Jésus et la vérité, un homme vraiment intérieur, et dégagé de toute affection déréglée, peut librement s'approcher de Dieu, et, s'élevant en esprit au-dessus de soi-même, se reposer en lui par une jouissance anticipée.

7. Celui qui estime les choses suivant ce qu'elles sont, et non d'après les discours et l'opinion des hommes, est vraiment sage; et c'est Dieu qui l'instruit plus que les hommes.

Celui qui vit au dedans de lui-même, et qui s'inquiète peu des choses du dehors, tous les lieux lui sont bons, et tous les temps pour remplir ses pieux exercices.

Un homme intérieur se recueille bien vite, parce qu'il ne se répand jamais tout entier au dehors.

Les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps, ne le troublent point; mais il se prête aux choses, selon qu'elles arrivent.

Celui qui a établi l'ordre au dedans de soi, ne se tourmente guère de ce qu'il y a de bien ou de mal dans les autres.

L'on n'a de distractions et d'obstacles qu'autant que l'on s'en crée soi-même.

8. Si vous étiez ce que vous devez être, entièrement libre et détaché, tout contribuerait à votre bien et à votre avancement.

Mais beaucoup de choses vous déplaisent et souvent vous troublent, parce que vous n'êtes pas encore tout à fait mort à vous-même et séparé des choses de la terre.