Il y a dans ce port, depuis environ un mois, un bâtiment hollandais, nommé Jan Ramboulde. Il est chargé de munitions de guerre qu'il a prises en Zélande et qui sont destinées pour la Corse..... Je fus informé hier que le capitaine de ce bâtiment, appelé Antoine Bevers, de Flessingue, devait partir incessamment pour la Corse. Après m'être assuré plus particulièrement de ce fait, je me déterminai à envoyer prier le consul de Hollande de passer chez moi. Je lui représentai qu'il devait empêcher ledit bâtiment d'aller porter des secours aux ennemis d'une puissance avec laquelle les États Généraux n'étaient point en guerre, qu'il devait, d'ailleurs, savoir l'intérêt que le Roi prenait dans cette affaire et que j'osais l'assurer que ses maîtres ne désapprouveraient pas les égards qu'il aurait pour mes représentations en cette occasion. L'ambiguïté de la réponse de ce consul m'ayant laissé dans l'incertitude sur le parti qu'il prendrait, j'ai écrit à M. de Campredon, à Gênes, pour le prévenir sur le départ de ce bâtiment hollandais. J'en ai aussi dit deux mots à M. de Montalègre, qui m'a répondu que les munitions de guerre embarquées sur ce bâtiment n'ayant point été achetées dans les États de Sa Majesté Sicilienne et que le Roi n'ayant point déclaré la guerre aux Corses, le roi des Deux-Siciles ne pouvait prendre sur lui de l'arrêter. Il m'a promis cependant de parler au consul de Hollande et d'intimider quelques Corses qui sont à la suite de ce bâtiment. Je ne puis douter que cette cour n'ait favorisé les Corses dans plusieurs occasions, non dans l'intention de les entretenir dans la révolte, mais parce qu'à la faveur des troubles de cette île, les officiers au service de Sa Majesté Sicilienne ont trouvé de grandes facilités à y faire des recrues.
Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de Naples, vol. 35.
XI.
NOUVEAU CONTRAT ENTRE LE PATRON DU BÂTIMENT ZÉLANDAIS,
YONG-ROMBOUT, ET LES MINISTRES DE THÉODORE Ier[ [873].
TRADUCTION DE L'ITALIEN.
Naples, 20 janvier 1738.
Nous soussignés, capitaine et pilote du bâtiment, nommé Yong-Rombout, d'une part, et les ministres de Théodore Ier, roi de Corse, de l'autre, promettons moyennant l'assistance divine, d'exécuter ponctuellement le contenu des articles suivants, sans exception aucune, à moins que la nécessité nous force au contraire.
1o Le susdit capitaine Antoine Bevers sera obligé de faire voile avec son vaisseau et les passagers qui seront dessus, à l'île de Corse, et, moyennant l'assistance divine, jeter l'ancre à Porto-Vecchio; mais il devra d'abord prendre langue à Aleria avec sa chaloupe et y faire les signaux convenus; lÉdit capitaine s'obligeant, en outre, de faire toutes sortes de diligences et ce qui dépendra de lui pour y exécuter le débarquement ainsi qu'il est d'usage en semblables conjectures. Cependant, si ce bâtiment était attaqué et que malgré tous ses efforts, il ne pût résister et fût battu ou qu'il lui arrivât quelque autre accident,—ce qu'à Dieu ne plaise—le patron sera tenu de faire voile vers Malte, ou autre port plus commode, pour y porter ses passagers, et il laissera les marchandises où il jugera le plus à propos. Bien entendu que le capitaine, en semblable cas, ne prendra de résolutions qu'autant qu'il y sera contraint par la nécessité.
2o Les seigneurs ministres susdits seront tenus de s'embarquer sur lÉdit vaisseau et d'être fidèles au capitaine pendant le voyage, dans quelques conjonctures que ce soit, et aider lÉdit capitaine en lui donnant des marques de leur bienveillance.
3o Les susdits seigneurs ministres seront obligés de fournir vingt hommes, y compris le pilote qui aura connaissance des ports de la Corse, lesquels hommes défendront le bâtiment au cas qu'il soit attaqué, et serviront à la manœuvre, et ces hommes seront commandés par le seigneur Dominique Rivarola.
4o Lesdits seigneurs ministres fourniront les vivres à ces hommes; cependant le capitaine aura soin, outre cela, d'en faire encore pour son voyage.
5o Le seigneur Rivarola et les autres ministres feront leurs diligences pour que ces vingt hommes soient embarqués au plus tôt, le bâtiment étant prêt et n'attendant que cela pour lever l'ancre; et aussitôt qu'ils seront à bord, lÉdit capitaine sera tenu de faire voile.