Iratus galea nudat et ipse caput
Vultum Normanis dat... [141] (Pl. VIII, n° 63).
Le nasal existait donc, et si nous en croyons la Tapisserie, il était fixe; on n'en voit point de relevés.
Un des archers de Guillaume, probablement leur chef, a revêtu la broigne et le heaume. Les autres ne portent que de courts bliauds d'étoffe ou de cuir. Généralement ils ont la tête nue conformément à la tradition scandinave. Toutefois, quelques-uns ont des bonnets pointus de laine ou de fourrure, qui constituent la première défense de tête essayée au moyen âge. Usités au Xe siècle, ils se transformèrent et devinrent bientôt le heaume métallique qui protégeait contre les coups d'épée.
Nous avons signalé ce bonnet porté par un des [p. 166] seigneurs les plus importants, qui accompagnèrent Guillaume dans son expédition de Bretagne, probablement Harold. L'évêque Odon en avait un semblable (Pl. II, n° 18).
Comme arme défensive, le chevalier a encore un bouclier oblong, en amande, fait de bois, recouvert de cuir, et orné d'une boucle, ou umbo, entourée de peintures, qui ne sont pas encore des armoiries. Pendant le combat on le fixe au bras gauche par deux courroies spéciales, les ènarmes. Une autre courroie, la guige, permettait de le suspendre au cou.
Quand on compare cette armure à celles des siècles suivants, on sent qu'on est à une période de début, et que de nombreux progrès sont à accomplir. Sans nous appesantir sur la difficulté de revêtir cette broigne, sur son poids, son manque de souplesse, qui sont, au premier rang, parmi les causes de son prompt abandon, nous devons constater que, même dans ses meilleures parties, elle n'offrait au chevalier qu'une protection assez peu efficace contre les coups de lance ou d'épée; le heaume notamment ne protégeait que le sommet de la tête. N'est-ce pas une preuve que nous sommes à une époque très lointaine, au temps des premiers essais de l'armure [142]? Les perfectionnements vont se multiplier et dès la fin du XIe siècle, la broigne va se diviser en deux parties: une longue chemise d'étoffe ou de cuir, recouverte d'anneaux, et des chausses protégeant les jambes.
Son caractère sacerdotal empêche l'évêque Odon de prendre une part directe à la bataille, et de se jeter dans [p. 167] la mêlée: aussi, n'a-t-il pas revêtu la broigne à anneaux de métal; celle qu'il porte n'est recouverte que de morceaux de cuir (Pl. VII, n° 62). Guy de Ponthieu en porte une semblable quand il reçoit les envoyés de Guillaume (Pl. II, n° 62). Odon ne veut pas se battre; aussi n'a-t-il aucune arme, pas même un bouclier: il porte un simple bâton de commandement, qu'il montrera à ses hommes pour les rallier, et les entraîner là où ils doivent porter leurs efforts. Guillaume en a un pareil avant la bataille, et aussi lorsqu'il enlève son heaume pour se faire reconnaître.
Les armes offensives des Normands sont d'abord, la lance, dont le fer en forme d'une feuille de sauge, présente une petite traverse à l'endroit où il se réunit à la hampe. Cette traverse empêchait l'arme de pénétrer trop profondément et par suite facilitait son retrait pour une lutte avec un autre adversaire; puis l'épieu, l'espié de la Chanson de Roland, reconnaissable à son fer barbelé; arme de guerre, mais aussi arme de chasse, de parade, portée par les gardes de Guy et de Guillaume, par les ambassadeurs et par Harold sur son trône. A cette époque, dans la bataille, on tenait ces armes très hautes, au bout du bras, à la manière antique. L'épieu remplaçait le javelot et se lançait au loin; la lance était réservée pour la lutte rapprochée. Le dessinateur de la Tapisserie fait bien ressortir cette différence. Au siège de Dinan, les assiégeants et les assiégés sont séparés par la largeur du fossé, ils se servent de l'épieu (Pl. III, n° 23); à la bataille de Hastings, où on lutte presque corps à corps, les Normands n'ont que la lance [143] (Pl. VII, n° 59).
[p. 168] Les chevaliers portaient encore l'épée à quillons droits.
Les archers avaient leur arc et un carquois rempli de flèches, fixé à la ceinture ou sur le dos. Il y avait d'autres carquois plus importants, véritables magasins de réserve, qu'on apportait là où l'ardeur du combat le rendait nécessaire: quatre sont représentés dans la bordure (Pl. VIII, n° 65). Ils étaient d'autant plus indispensables que la provision de flèches de chaque archer devait être rapidement épuisée.