«Vous vous souvenez de Z...? Il a hérité; et, comme il n’a pas oublié les amis, voici 2 francs qu’il a remis pour qu’on boive à sa santé.»
Puis il glissa les trois autres francs dans la main du vieux mendiant. Il faut avouer que ce logeur était un homme bien ingénieux et surtout plein d’imagination. Il avait passé tout un jour à trouver ce subterfuge.
X
MONSIEUR BASTIEN.—SON ÉCOLE
Avant de quitter pour jamais la maison de la mère Marré, nous devons dire un mot de M. Bastien, l’instituteur sans diplôme.
Jadis le chiffonnier vivait dans une ignorance complète; le papier, pour lui, n’avait qu’une valeur mercantile. Aujourd’hui il s’est piqué d’honneur, il a voulu marcher avec le siècle des lumières. Il s’est senti le besoin de savoir ce que pouvaient dire ces loques qu’il entassait pêle-mêle dans sa hotte. Il a voulu faire comme tout le monde, il a envoyé ses enfants à l’école; et lui-même il a tâché, autant que faire se pouvait, de réparer la négligence de ses parents; il s’est mis à apprendre à lire, il suit la politique dans les journaux, il discute la question d’Orient et les opérations de la Baltique.
M. Bastien, qui est un homme d’intelligence et d’initiative, a vu tout le parti qu’il pouvait tirer de cette fureur de connaître et s’est établi maître d’école, sans brevet du gouvernement. A huit heures du soir, moment où les travaux du jour ont cessé, les magasins n’étant pas encore fermés, ceux de la soirée ne commençant qu’à dix heures, la nichée de la maison Marré est complète; M. Bastien descend dans la cour et fait entendre ce cri: «Les amis, les amis, à l’école, à l’école!»
Quelques instants après, jeunes filles, hommes, femmes, petits garçons et vieillards, viennent se mettre sur deux rangs en silence.