—Oui, mais à quelles conditions?
—Oh! c’est un bien brave homme, allez! Il aime à obliger le pauvre monde. Il leur donne cinq francs tous les matins, et elles lui rapportent cent cinq sous tous les soirs.
—Cinq sous d’intérêt pour cinq francs et pour douze heures! Mais c’est exorbitant!
—Il leur rend service!
—Ah! vous appelez cela un service! Si M... Vautour prête aux mêmes conditions à celles qui travaillent pendant la nuit, c’est-à-dire cinq francs à six heures du soir pour avoir cinq francs cinq sous à six heures du matin, un écu lui rapporte cent quatre-vingt-deux francs cinquante centimes par an, et chacune de ces pauvres marchandes lui donne par an quatre-vingt-onze francs vingt-cinq centimes d’intérêt, ce qui fait que son argent est prêté à dix-huit cent vingt-cinq pour cent.
—Diantre! fit Mᵐᵉ Lecœur, mais c’est assez bien placer sa monnaie.
—Mais oui, c’est un assez bon métier, dit la mère Brichard; ça vaut mieux que de se brûler le tempérament à faire bouillir un tas de choses.
—Savez-vous qu’avec cent francs ainsi placés, c’est-à-dire vingt pièces de cent sous, cet homme si bienfaisant, ce protecteur des pauvres, se ferait dix-huit cent deux francs de revenu par an?
—Bon Dieu! le vieux coquin!» s’écrièrent toutes les femmes.
Puis on n’y pensa plus. Mais nous autres nous y pensions et nous disions: En supposant que cet honnête philanthrope, cet homme honoré, respecté, vénéré dans son quartier, soit un homme d’ordre, un homme qui travaille, un homme venu à Paris, comme la plupart de ses compatriotes, pour s’amasser un petit boursicaut, afin d’acheter un morceau de terre dans la Limagne; si cet ami de l’humanité ne dépense pas ses cinq francs et leurs intérêts, que devient alors le célèbre calcul des grains de blé multipliés sur les cases de l’échiquier? Tous les quatre jours il a un franc. Il prête généreusement à toutes les femmes qui lui sont recommandées et dont répondent ses pratiques, et Dieu sait combien il y a dans notre ville de gens qui accepteraient ces conditions pour avoir le droit de travailler! En faisant le calcul des intérêts composés, au bout de l’année il se trouve avoir gagné avec une pièce de cinq francs 3,900,000 francs, ou 780,000 pièces de cinq francs.