De leur côté, les charretiers de louage se portaient aux endroits difficiles de la ville, et, quand arrivait une voiture pesamment chargée, ils proposaient un cheval en aide pour quelques sous.

Mais voici venir M. Oscar Mithat, avec sa grande entreprise de fourniture d’os de jambonneaux. Celui-ci entre dans la carrière, mais il y entre à la façon des maîtres, en accaparant un genre de commerce.

Nous pourrions faire ici un savant travail de statistique, et prouver que le nombre des jambonneaux mangés à Paris dépasse des deux tiers au moins le nombre des porcs qui s’y consomment. Aussi, avant l’avènement de M. Oscar Mithat, lorsqu’on mangeait un jambonneau dans un atelier, on en laissait l’os au gamin qui allait faire l’acquisition; il le rapportait au charcutier, qui lui remettait deux sous en échange. Donc le jambonneau se fabrique; donc cette épaule est un prodige d’anatomie, un chef-d’œuvre que tout bon charcutier doit exécuter pour être reçu compagnon dans son art. Il y a à Paris des os qui servent depuis dix, vingt ans, qui chaque matin sortent garnis de la boutique, et y rentrent le soir absolument dénudés.

Eh bien! ces beaux jours sont passés pour le gamin et l’apprenti. M. Oscar Mithat se charge de fournir à dix sous la douzaine tous les os de jambonneaux dont on peut avoir besoin dans la consommation parisienne.

Le père Cotin, lui, vend de la fumée, autrement dit de la suie tamisée. L’an dernier, il a fait pour cent mille francs d’affaires avec l’Amérique; seulement, et d’après ses livres, il a donné plus de vingt mille francs d’argent à ses tamiseuses et trente mille francs aux Savoyards qui lui vendent sa matière première.

Près des magasins de M. Cotin, que les propriétaires ont relégué hors Paris, sous prétexte qu’il noircissait tout dans leurs maisons, nous avons vu une enseigne que nous livrons à la sagacité de nos lecteurs. La voici:

Berouley aîné, fabricant d’allumettes chimiques DE DEUXIÈME QUALITÉ. Gros et détail.

Pourquoi de deuxième qualité? La réponse nous manque. M. Berouley serait-il, par hasard, l’inventeur des fameuses allumettes dont parle Arnal dans les Cabinets particuliers? Toujours est-il que son enseigne nous a plongé dans un océan de suppositions.

Place maintenant au célèbre Édouard, le canardier par excellence, le roi des crieurs publics.

Tout le monde connaît M. Édouard; tout Paris a admiré aux abords des théâtres un homme à l’allure athlétique, à la voix de stentor, à l’œil fin, au sourire gracieux, qui hurle pendant six heures consécutives: «Voilà ce qui vient de paraître!» et qui vous vend une petite brochure imprimée depuis plus d’un an. Mais n’est pas canardier qui veut. Il faut savoir allécher son public. M. Édouard n’a pas de rival. Il vend les petits livres de M. Émile Jaeglé, le Duranton du canard. Jusqu’à présent, les libraires du quartier Latin, malgré toute leur imagination, n’avaient pu trouver que trente-six Codes. M. Jaeglé en a trouvé un trente-septième: c’est le Code des portiers.