Si on lui demandait des nouvelles du volage, elle répondait naïvement: «Je ne sais pas s’il est en Espagne ou bien à Marseille, peut-être en Angleterre.»

Olivari rentrait un beau matin, était fort étonné de ne pas voir son couvert à la table du déjeuner, se faisait donner une assiette, prenait place, mangeait comme quatre, et il n’y avait pas d’autre explication, tout était dit. Jamais sa femme ne lui fit un reproche, jamais il ne lui dit quels pays il avait visités dans ses excursions. Ils faisaient ainsi le meilleur ménage connu.

XV

Notre voyageur était d’une adresse presque incroyable; il excellait dans tous les exercices du corps; c’était une façon de chevalier de Saint-Georges.

Un jour, l’idée lui vint, après avoir lu sans doute le célèbre livre de M. Maldan, l’Art d’élever les lapins et de s’en faire 3,000 livres de rente, d’acheter une petite maison dans le haut du faubourg, avec un petit jardin, presque sur le mur de ronde, d’en faire une sorte de salle d’armes et d’y élever des lapins. Il n’avait cependant pas, il faut le dire, la prétention affichée par le célèbre écrivain Maldan. Il voulait seulement posséder un petit pied-à-terre, un petit vide-bouteille, pour se distraire avec ses amis en cassant de temps en temps le col à un de ses élèves après un assaut.

Pendant quelque temps, les lapins croissaient et multipliaient à plaisir; il les comptait chaque jour; il les caressait d’un œil de propriétaire; il les soignait et les choyait. Ses lapins faisaient sa joie, quand, un jour, il s’aperçut que le nombre avait diminué; les plus beaux, les plus gros, avaient disparu. Il s’en inquiéta; il crut qu’ils avaient creusé un terrier; mais, malgré toutes ses recherches, il ne put rien découvrir. Quelques jours après, le même phénomène se renouvela. Cela devenait fantastique.

Olivari, qui était brave, voulut éclaircir le fait; il établit un affût et vint passer la nuit près de la cabane aux lapins.

Il y avait déjà trois jours que duraient ses veillées, quand une nuit il vit un grand et solide gaillard enjamber son mur et venir sans façon, en prenant bien son temps, choisir parmi ses chers élèves ceux qui lui convenaient le mieux. Il sortit furieux de sa cachette, et, prenant le voleur par le bras, il lui dit:

«Ah! misérable, c’est toi qui voles mes lapins! Je pourrais te livrer à la justice, mais non, tu me ferais encore perdre mon temps à témoigner. Tiens, gredin, défends ta vie, car je veux me faire justice moi-même.»

En disant ces mots, il jetait une épée au voleur, se mettait en garde et attaquait. Mais le gredin était un gaillard qui avait fait un congé aux compagnies de discipline: il y avait été prévôt de pointe, contre-pointe, canne et chausson; il maniait l’épée en vrai soudard; il chargea notre propriétaire, qui rompit et s’aperçut qu’il avait affaire à forte partie. Mais, par un dégagement heureux, il perça l’épaule de son adversaire; celui-ci poussa un cri, laissa tomber son épée en demandant merci. Olivari, en vainqueur généreux, voulait simplement le jeter à la porte après sa victoire. Hélas! le vaincu avait perdu toute connaissance; il était couché inanimé sur le terrain, et le sang sortait à gros bouillons de ses plaies. Voici notre homme bien embarrassé; il transporte son voleur dans sa maison et s’occupe de le faire revenir à lui; puis il fallut le panser: on ne peut cependant pas jeter un chrétien tout sanglant sur le pavé.