La femme interpellée s’approche de moi. Elle est toute jeune, gentille, malgré son expression fadasse, et des marques de petite vérole.
—Il m’a battue, dit elle en retroussant ses caftans, très haut, sur ses cuisses rayées de lignes bleues, jaunes, rouges, où quelques plaies suppurent.
—Qui t’a battue?
—Mon mari.
—Pourquoi?
—... Malgré moi... les voies illicites. Ensuite il s’est plaint au cadi qui m’a mise ici. O femme du hakem, ne m’abandonne pas. Je veux être répudiée, je veux retourner chez mes parents.
Elle pleure. Elle a l’air d’une fillette bien sage et toute contrite d’une faute qu’elle n’a pas commise.
Derrière moi, une voix flûtée supplie avec insistance. Je me retourne. Une gamine, de huit ou neuf ans, couvre mes mains de baisers. Elle est mince, chétive, ébouriffée, petit animal inquiétant aux regards déjà vicieux. Elle raconte effrontément une histoire où je démêle qu’elle s’est sauvée de chez ses parents.
—Viens voir les fous, me dit Halima, qui ne tient peut-être pas à ce que je m’attarde chez les prisonnières.
C’est vrai, je l’avais oublié, il y a des fous dans cette maison, et je n’entends ni cris, ni rires de démence... et puis, quelle espèce de fous cela peut-il être, que suffit à garder ce couple falot?