La nuit, paisible et bleue, criblée d’étoiles, s’étend doucement au-dessus du jardin. Un vent léger fait bruisser les palmes des bananiers; on perçoit le bruit du jet d’eau...

Un oiseau jette un petit cri peureux dans le recueillement nocturne...

10 juin.

Derrière combien de remparts se cache l’arsa de Mouley Hassan où nous sommes attendus?... Souvent, le Chérif nous en vanta l’agrément, les eaux abondantes, les treilles dont les raisins ont un goût savoureux et rare.

Nous avons franchi la première enceinte de la ville, et nos mules trottent sur une sorte de chemin élevé, plate-forme d’une gigantesque muraille qui s’en va très loin, à travers le bled, protégeant d’immenses étendues arides et désertes. Le nègre, qui courait derrière nos montures, nous fait enfin tourner sur la droite, et nous pénétrons dans une de ces casbahs qui entourent les palais en ruines.

Fruste petit village, aux masures couvertes de chaume, rappelant celles de France, malgré les haies de cactus. Tout y est paysan et familier. Des poules errent à travers les chemins, des enfants presque nus se roulent dans la poussière, et les femmes, de fière allure en leurs haillons drapés, s’en vont, le visage libre, selon la coutume des bédouines.

Au-dessus des murettes en terre, on aperçoit le sommet des arbres, dont la luxuriance s’exagère par le contraste des environs secs et roussis. Toutes les arsas ont des portes en misérables planches mal équarries. Celle de Mouley Hassan ne diffère pas des autres. Après une longue attente, un gardien claudicant se décide à nous l’ouvrir.

Surprise toujours nouvelle des choses qui se dissimulent derrière la pauvreté des murs!

Un immense jardin s’épanouit, embaume et flambe, de toutes ses roses, de toutes les fleurs de ses grenadiers et de ses jasmins. Il semblerait à l’abandon, si la fraîcheur des feuillages et l’âpre parfum des menthes n’y révélaient la présence de l’eau. Sous les arbres fruitiers poussent des fèves, des courges, des tomates, des pastèques et des plantes aromatiques pour le thé. Mais ces cultures n’ont point l’ennuyeuse symétrie des nôtres. Elles s’enchevêtrent sans ordre visible, se mêlent, au hasard, de géraniums et de rosiers fleuris, forment des masses de feuillage où se complaît le regard. Malgré leur utilité, apparaît simplement leur charme.

D’étroites allées en maçonnerie se croisent à angles brusques, surélevées au-dessus du sol. Une longue tonnelle de roseaux, couverte par les vignes, offre un chemin d’ombre verte jusqu’au pavillon où le Chérif nous attend.