Les rabbins chantent des litanies sur un air très religieux qui ressemble aux nôtres; l’un d’eux psalmodie en hébreu une interminable prière, puis l’époux passe au doigt de sa femme un anneau d’or en disant:

—Au nom de la Loi de Moïse, tu m’es consacrée.

Tout cela aurait une certaine grandeur, si, dans l’assistance, on ne faisait déjà circuler du rhum. Un vieux Juif à cheveux gris, adossé à la muraille, fixe l’espace d’un air extatique, Moïse écoutant l’Éternel, mais, au passage du verre, il se précipite sur la liqueur, qu’il avale d’une seule lampée...

On descend la mariée de son estrade, et toutes les femmes s’empressent à lui frotter les lèvres avec un morceau de sucre.

—Afin, me dit-on, qu’elle soit toujours douce et plaisante à son époux.

Isthir garde les yeux clos, on se bouscule et on l’écrase, une petite larme perle au bord de ses paupières, de furtives grimaces contractent son visage quand certaines invitées lui meurtrissent la bouche avec trop d’ardeur. Des Juifs s’emparent de son fauteuil, et l’emportent hors du logis, hissé sur la tête de l’un d’eux.

Le mariée s’en va dominant la foule, le cortège noir des hommes qui, seuls, l’accompagnent au domicile conjugal.

Dans la rue il fait clair et chaud. Le soleil se rit des brocarts éclatants et de l’entourage sordide. On dirait un mannequin de mardi gras promené dans les bas-faubourgs.

Devant chaque maison, des Juives attendent, les mains pleines de sucre qu’elles frottent sur les vêtements d’Isthir. Elles offrent aussi du lait, symbole d’abondance et de pureté. La mariée n’y touche pas, mais ses suivants se garderaient de manquer pareille aubaine. Ils vident au passage tous les verres. Celui dans lequel Isthir trempe ses lèvres, en arrivant chez l’époux, est aussitôt brisé à ses pieds.

Le rabbin Tôbi s’approche alors de sa fille. Il la prend dans ses bras et la porte, au fond de la chambre nuptiale, sur le grand lit voilé de dentelles, où elle doit attendre jusqu’au moghreb, tandis que les invités festoieront.