C’est que El Ghali, le forgeron, a pris un peu d’eau à la cruche de son voisin pour en arroser un pot de basilic...
La troupe des énergumènes s’éloigne en vociférant. Et le Pacha va faire donner cent coups de bâton à tous les combattants qui n’auront pas glissé quelques douros entre les doigts de ses mokhaznis...
La rue retombe dans sa torpeur silencieuse et chaude.
J’entre chez Si Larbi el Mekki à qui je dois remettre un message.
Le soleil flambe sur les mosaïques de la cour, l’ombre des arcades descend à peine, toute courte et cassée, au bas de la muraille. Derrière les tentures de mousseline, les femmes dorment dans le désordre des pièces; nulle ne m’appelle au passage. Meftouha la négresse me précède toute gémissante:
—O mon malheur! Que je suis lasse par ce temps! Monseigneur Ramadan me tue!
Elle ne songe même pas à me poser les mille aimables et vaines questions d’usage, auxquelles j’aurais répondu par mille autres questions, également aimables et non moins vaines. Pourtant, au moment de m’introduire chez son maître, elle interrompt ses plaintes pour me dire d’un air mystérieux:
—Ce matin, l’intendant de Si Larbi a ramené de Fès une nouvelle esclave...
—En vérité! Comment est-elle?
Meftouha grimace sans répondre, elle entr’ouvre la lourde porte de cèdre.