Verse le remède, ô dame!
Il faut me soigner
Avec les feuilles du caroubier
Et les baisers de ma belle.
Les bougies brûlent dans le chandelier
Aux branches écartées,
L’amoureux se réjouit,
Étendu près de l’amoureuse.
Elle est plus étincelante
Que les flambeaux allumés,
Elle est plus brûlante
Que la flamme des cierges!
Qu’ils me blâment, ô dame!
O Dame! qu’ils m’inculpent!
L’amour trouble mon esprit
Et j’invoque la mort!
Enivrée par la musique, une fillette se lève et se met à danser. En cadence, les pieds teints au henné frappent le tapis, sans bouger presque de place; les khelkhalls d’argent s’entrechoquent, les petites hanches ondulent et le puéril visage impassible, chargé d’or, garde les yeux levés vers le ciel en une extase...
La danseuse peut bien avoir quatre ans.
Une autre vient la rejoindre, une négrillonne du même âge, dont les cheveux crépus s’ébouriffent au sommet du crâne comme un panache. Puis les deux petites s’avancent, le corps tendu en offrande, elles s’inclinent devant moi d’une brusque génuflexion. Je leur colle au milieu du front une piécette d’argent et elles reprennent leurs danses.
La maallema Feddoul, très fière d’offrir une si brillante fête à ses élèves, me les désigne:
—Saadia, fille d’un notaire,... cette autre, fille d’un marchand «rassasié»... Lella Zeïneb, qui dansait, est née du Chérif Mouley Zidan...
Je connais déjà les petites brodeuses. J’aime à les voir, aux heures de travail, accroupies autour de leur maîtresse, la tête penchée, l’air attentif. Avec leurs simples vêtements de laine et de mousseline, leurs nattes bizarrement tressées, elles n’ont point ces déroutantes allures de dames qu’elles affectent à présent.