Les plus jeunes tracent, d’une aiguille maladroite, des dessins zigzaguants, sur des chiffons très sales... qui furent blancs. Les aînées pénètrent le secret des anciens ornements compliqués et réguliers, pour lesquels on ne s’aide d’aucun dessin.

Et l’on fait une belle fête quand l’une d’elles termine son canevas, où tous les vieux points de Meknès pressent leurs arabesques aux chaudes couleurs.

Mais c’est avec des plus hautes préoccupations qu’elles s’assemblent aujourd’hui: ces fillettes se réjouissent et se parent afin de célébrer «la saignée d’été».

Voici le barbier, un tout jeune garçon, car un homme ne saurait pénétrer en ce harem. Il s’installe auprès de la fontaine où l’eau tinte. Une fillette vient s’accroupir devant lui, elle tend le bras.

Du bout de son rasoir, l’apprenti barbier y trace des losanges et des dessins,... des filets rouges sillonnent la peau ambrée, s’entre-croisent et se mêlent. L’enfant a bientôt les bras tout ensanglantés.

Lorsque cela coule trop fort, brouillant le travail, l’apprenti barbier verse un peu d’eau.

Le visage de la petite ne reflète aucune émotion.

—Non, me répond-elle, ça ne fait pas bien mal, ça pique seulement.

Une autre fillette lui succède, puis une autre... et vingt-deux fois, le barbier écorche harmonieusement les bras, maigres ou potelés, de toutes couleurs.

La maallema surveille l’opération, désigne les petites à tour de rôle. Elles arrivent sans crainte, fières de se soumettre à la coutume. Lella Zeïneb, la danseuse en miniature, tend ses bras de bébé qui font encore de petits bourrelets gras aux poignets.