Des cages de jonc, où roucoulent des tourterelles, se balancent devant l’entrée. Des cierges flambent dans les niches; une odeur d’encens se mêle aux exhalaisons des pauvres pèlerins.
Mouley Ahmed est devenu un saint très somptueux. Lui-même, bien vêtu, propre, sa face rougeaude, aux yeux vagues, correctement entretenue par le barbier, il semble un riche bourgeois repu, plutôt qu’un marabout dont la sainteté consistait précisément à vivre crasseux et demi-nu, sous le soleil et sous la pluie...
Dévots et dévotes passent tour à tour devant Mouley Ahmed qui les regarde idiotement, et profère des sons absurdes.
Les dons s’entassent, les piécettes tombent à ses pieds, sans même qu’il s’en aperçoive. Mais le pieux serviteur a l’œil...
Une femme recueille, sur un linge, le filet de salive qui s’écoule entre les lèvres de Mouley Ahmed et s’en frotte religieusement le visage. Une autre, prosternée devant le marabout, marmotte des oraisons. Je préfère suivre cet exemple, et, lorsque arrive mon tour d’aborder le saint homme, je m’accroupis et m’incline, en murmurant, au nom de Lella Oum Keltoum, les paroles qu’elle me fit apprendre:
«Allah, Il n’y a d’autre Dieu que lui! Le Vivant, L’Immuable!
»Ni l’assoupissement, ni le sommeil ne peuvent rien sur lui.
»Tout de la terre et des Cieux Lui appartient.»
»Qui peut intercéder auprès de Lui sans sa permission?
»Les hommes n’embrassent de sa science que ce qu’Il a voulu leur apprendre. Il sait ce qui est devant et derrière eux.
»Son siège s’étend sur les cieux et sur la terre, il n’a aucune peine à le garder.