N’approfondissons pas cette nuit... Kaddour lui lave cependant la figure et les mains.

A-t-il faim? Assurément il meurt d’inanition, car il se précipite sur le lait et sur le couscous, et il nous faut modérer son appétit, malgré les regards passionnés dont il suit le plat.

—Depuis longtemps tu n’avais pas mangé?

—Depuis deux jours.

Saïd n’a pas peur. Ces Nazaréens doivent être bons puisque leur voix est douce, et qu’ils l’ont bien restauré. Par bribes, nous reconstituons son histoire! Saïd ne connut pas son père. Quant à sa mère, une pauvre femme, dit-il, Dieu la prit il y à quelques jours en sa Miséricorde. Alors Saïd partit, au hasard, à travers les rues. Des gens lui donnèrent quelquefois du pain ou de la soupe... il couchait dans les coins.

Pauvre petit perdu en l’existence, sans un parent, sans un être pour le secourir! Comment se fait-il que les voisins, les gens du quartier n’aient pas eu pitié de cette infortune?

Nous savons les Musulmans si généreux que la misère, ici, existe à peine. Il y a des pauvres dans l’Islam, des «meskine», il n’y a guère d’abandonnés en détresse.

Mais Saïd ne saurait nous répondre. Il dort à présent, pelotonné dans le burnous de Kaddour, comme un petit chat qui ronronne.

1ᵉʳ octobre.

Des éclats de rire partent de la terrasse, Rabha et Yasmine ont frotté, savonné, décrassé le «célibataire». Et voici qu’il échappe à leurs mains, tout nu, et gambade au soleil avec ivresse.