»Les chauves-souris, les chouettes, y trouvent leur refuge et l’araignée a tapissé de ses toiles légères tous les recoins.
»Tel est, en la vanité de ce monde, le sort de toute superbe construction qui ne fut point faite jour honorer Allah.»
Ainsi chantait, au VIIIᵉ siècle de l’hégire, le poète Aboul Abbas Ahmed ben Saïd El Cefjisi, afin d’expliquer la ruine de la première Meknès.
Ce hammam légendaire exista-t-il vraiment? Les gens en parlent encore, mais ils ne s’accordent pas sur sa place, et plusieurs vergers revendiquent le souvenir de cette demeure fatale qui entraîna le châtiment de tout un peuple.
En réalité, la ville, trop souvent détruite par les pillards, dut abandonner sa riche et facile vallée pour s’ériger en forteresse, au sommet de la colline.
Il ne reste plus, sur les bords de «l’oued aux tortues» que le peuple industrieux des potiers. Dans les cavernes des premiers âges, ils ont monté leurs tours, très semblables à ceux que leur léguèrent les Roums.
Du pied, ils frappent en cadence un lourd plateau de bois qui s’ébranle et fait tourner la glaise complaisante à leurs doigts. Ils ont conservé les formes d’autrefois, sans rien changer, et leurs amphores au fond pointu ont encore besoin du trépied. Avec de l’eau, de la terre et du feu, trois éléments du monde accordés par Allah, l’humble artisan devient réellement l’homme créateur. Il sait confectionner les beaux vases aux flancs sonores et les instruments nécessaires à la vie. C’est lui qui façonna, brique par brique, toutes les demeures de Meknès.
En dehors des cavernes s’agitent les enfants et les femmes, que leur entendement étroit destine aux labeurs grossiers. A demi nues, sauvages et vigoureuses comme de simples femelles, ces femmes pétrissent la glaise avec leurs pieds, sans repos, sans pensée, absorbées par l’incessant travail monotone et dur. Leurs membres musclés sont beaux et leurs corps sont parfaits, malgré les faces bestiales qui repoussent.
Le tourneur auquel nous venons commander les hautes jarres à provisions, où l’on conserve l’huile et les grains, est un artisan chenu.
Complaisant, mais peu loquace, il travaille en silence devant nous, et tire, de son bloc de glaise, les plus surprenants objets.