—Il est le maître des maîtres,—nous dit un de ses compagnons, Allah le conserve et le dédommage! C’est le père de Saïd, ce petit que vous avez chez vous.
—Comment, son père?... Saïd nous a dit qu’il était mort avant sa naissance...
Le vieux tourneur se met à rire:
—Saïd vous a menti. Vous ne savez pas encore toute sa malice! Que le Seigneur m’en décharge!... Si vous voulez le prendre, je vous le donne.
Nous nous taisons, stupéfaits... Cet homme qui, si naïvement, abandonne son enfant!... et puis l’étonnant mensonge de Saïd, la longue histoire combinée par un tout petit être...
—Écoute, ô hakem, continue le potier, Saïd ne vaut rien. Le diable lui parle et il l’écoute. J’ai voulu lui faire porter les briques, il les cassait toutes, par méchanceté. Alors je l’ai placé, comme les enfants de son âge, chez un tailleur de djellabas, pour dévider les fils. Saïd s’est sauvé de chez son maître, après avoir mis le trouble dans le quartier. Et, l’autre jour, il m’a quitté, en me volant deux réaux, à moi qui ne suis qu’un pauvre artisan!... Les gens m’ont dit qu’il était chez toi, je ne suis pas allé le chercher... je suis las, je suis vieux et j’avais peur qu’il n’eût déjà commis bien des méfaits dans ta maison... vous feriez mieux de ne pas le garder! Par le Prophète! ô seigneur hakem, je te supplie de ne pas faire retomber sur moi le mal qu’il vous causera!
Nous rassurons le père, très contents en somme de garder l’enfant auquel nous nous sentons attachés déjà. Comment ce gosse pourrait-il nous nuire? Le bonhomme, trop rude, n’aura pas su redresser cette petite nature, mauvaise, mais bien drôle.
Dès notre retour, nous interrogeons Saïd.
—Qu’est cela? Pourquoi nous as-tu dit que ton père était mort?
—Allah l’ait en sa Miséricorde! répond le gamin avec componction.