—Tu mens! C’est Sellam le tourneur. Nous l’avons va, tu le sais bien. C’est pourquoi tu n’as pas voulu venir avec nous chez les potiers.
—J’avais trop peur de lui, avoue Saïd. Il me battait, alors je me suis sauvé.
—Et ton maître, le tailleur de djellabas?
—Il me battait aussi, affirme Saïd, l’air tellement innocent que nous le croyons presque, malgré ses premiers mensonges.
Et puis, qu’importe?... Déjà nous n’avons plus d’illusions! Nous voulons en avoir.
15 octobre.
Accroupi sur une natte, au milieu de ses pots remplis de couleur, Larfaoui Jenjoul, le maître Larfaoui, décore un coffre ciselé. Ses pinceaux en poils d’âne se hérissent comme de petits balais (c’est ainsi qu’il les nomme du reste), et l’on s’étonne qu’il trace des rinceaux si déliés, des courbes si parfaites, avec de tels instruments.
Larfaoui possède les belles traditions léguées par les anciens. Il en remontrerait même au célèbre Hammadi et à sa nièce Khdija Temtam, dont, un jour, il me conta l’histoire. Mais un peintre italien,—Allah le confonde!—dérouta quelque peu les conceptions millénaires de notre décorateur, en travaillant jadis à ses côtés, dans le palais du Sultan Mouley Abdelaziz.
Larfaoui subit ainsi la fâcheuse influence européenne. Il arrive parfois que son caprice fasse éclore des bouquets aux airs penchés, aux fleurs presque naturelles, sur des fonds roses, bleu pâle, ou gris.
Grâce à Dieu! Larfaoui réserve ces innovations pour les demeures des marchands enrichis, tel ce tager Ben Melih qui n’a point le goût des belles peintures symétriques où s’enchevêtrent les lignes.