Larfaoui sait que nous, Nazaréens, apprécions le vieux style. Même il a pour moi certaine considération, parce que j’en connais à présent la technique, et ne laisse passer aucun décor moderne sans le repérer aussitôt parmi les entrelacs, telle une vipère dans les branches.
J’aime à faire travailler Larfaoui chez moi, pour la jouissance de le voir peindre. Il ignore la mélancolie. Ses pensées ont la nuance joyeuse et changeante des couleurs qu’il manie. Il excelle à balancer les verts, les jaunes, les rouges et les bleus, à créer des rapprochements où le regard se plaît. C’est un maître! Il en a le sentiment et l’orgueil. Nul peintre au monde ne saurait lui être comparé.
—Pourtant, il y a Mohammed Doukkali...
—Le Doukkali!... qu’est-ce que cela? Mets son travail auprès du mien, on ne l’apercevra même pas.
—Et Temtam?
—Tu plaisantes! Quand il doit exécuter un ornement compliqué, je le lui dessine.
—Les peintres de Fès?
—Ceux de Fès! Les Sultans les avaient dans leur ombre, et ils me faisaient venir de Meknès pour décorer leurs palais.
—Soit, personne donc ne t’égale ni te dépasse?
—Si, Allah! Il a peint les Cherekrek[62] au plumage d’azur...