—J’ai vu le Pacha, j’ai vu le Mohtasseb, j’ai vu le chef du quartier!... Il n’y a pas de lieu au monde où je ne sois allé. Maintenant j’ai lâché les crieurs publics, ils parcourent la ville. Écoute...

La voix sonore, au rythme connu, s’enfle et décroît, tout au long de la rue, derrière nos murs, mais elle ne proclame point la perte ordinaire d’une sacoche ou d’un âne:

O les gens de religion!
O les braves gens!
Un enfant a disparu!
Un garçon de trois ans,
Possesseur d’un petit caftan rose,
Celui qui peut donner de ses nouvelles
Fera le bien et recevra sa récompense.

Le crieur chante en courant, la voix s’éloigne:

O les gens de religion!
O les braves gens...

Toute la ville va s’occuper du méchant gamin, et je ne doute point qu’on ne le ramène ici. Qui donc, sauf nous, voudrait garder Saïd?...

Pourtant la nuit s’avançait lorsqu’un Mokhazni du Pacha, tenant l’enfant endormi dans ses bras, vint heurter à notre porte.

—Il était sous l’auvent de la grande mosquée. Une femme qui avait entendu le crieur est venue me prévenir.

—Sur elle et sur toi, la bénédiction d’Allah! Voici des réaux que vous partagerez.

Saïd, posé à terre et mal réveillé, ouvre des yeux hagards.