—Et c’est tout! interrogent les jolies dames fort déçues.

Je sais bien ce qu’elles attendaient: la figuration de l’amour, le drame de la volupté... Mais la danse ici n’est qu’un rite, le plus grave, le plus pudique des rites. La petite danseuse se rassied, une esclave lui succède, dont le visage noir s’ennoblit tandis que sa croupe ondule lentement sous le caftan...

Les chants ont pris un rythme de psaumes, ce sont les plaintes de la mariée songeant au départ:

Oh! qu’y a-t-il en moi, ma mère!
O dame! qu’y a-t-il en moi?...
Elles sont parties, mes compagnes,
Elles ne m’ont point avisée!
Elles m’abandonnent, hélas!
Qu’y a-t-il en moi?...

Bientôt, bientôt Dieu aura pitié de ma peine,
Je retrouverai tout ce qui m’a quittée.
Je ne me séparerai plus de toi, ma mère!
O beauté! je ne partirai pas!
Même si je dois mourir, ô chef!
Même si l’on me charge de chaînes
Et que le collier en soit neuf!

Jeunes filles nous nous tenions au bord de la fontaine
Et l’on est venu me prendre parmi elles!
—Quelle est, disaient-ils, la vierge au bandeau?
Ils m’emmenèrent... quel trouble!
Qu’y a-t-il en moi, ô dame?
O beauté! Qu’y a-t-il en moi?

Garde, ô Seigneur, les cherifat
Filles du Prophète, du Choisi!

Impassibles et silencieuses les femmes écoutent le chant nuptial, tandis que la petite mariée sanglote derrière les tentures du ktaa.

Mais la Parisienne ne sait pas se taire, et elle me presse de questions:

—Tu portes toujours des robes comme celle-ci?