Elles comprennent qu’il ne faut point poser certaines questions. Pourtant le désir de m’interroger les tourmente, surtout la femme de lettres, ravie d’une si rare aubaine.
—Comme tu es belle! reprend-elle en examinant mes parures. Ces bracelets d’or sont anciens?
—Non! m’écrié-je avec orgueil, ils sont tout neufs!
Les Européennes échangent de petits coups d’œil ironiques. La femme de lettres exulte. C’est tout juste si elle ne dit pas: «Je noterai cela pour mes lecteurs.»
Elle s’enquiert de mille détails saugrenus. Elle n’est pas bête cependant; je la croirais même intelligente, mais si incompréhensive de tout ce qui n’est pas sa civilisation, ses habitudes, sa culture! Elle est venue avec une idée toute faite sur les odalisques lascives, alanguies, fumant le narghileh, à moitié nues dans l’enroulement des gazes lamées d’or ou d’argent. Et aussi les désenchantées qui aspirent à la liberté et se meurent de ne pouvoir sortir ni fréquenter les hommes.
Elle rencontre ici des Musulmanes très graves, hiératiques, vêtues de lourdes soieries qui ne laissent même pas deviner la silhouette de leur corps, des femmes aux rigides allures de statues... Cela dérange sa conception, elle y tient et veut la retrouver. Toutes ses questions tendent vers ce but:
—Sais-tu danser? me demande-t-elle. Y aura t-il des danses aujourd’hui?
—Chez nous les femmes ne dansent pas, seulement les fillettes ou les négresses.
—La danse du ventre? la danse des poignards?
—Non, elles ne connaissent pas ces danses à vous, mais les nôtres... Celle-ci, dis-je en désignant Kenza qui, justement, esquisse quelques mouvements harmonieux et lents, avec l’air inspiré, presque religieux d’une prêtresse.