—Je n’ai pas voulu descendre pour blanchir ma planchette, à cause de Sellal Qlouba, reprend-il. J’avais peur.

—Allons, Saïd! Il n’y a pas de Sellal Qlouba, tu le savais bien quand tu as crié tout à l’heure. Et, du reste, il ne faut craindre qu’Allah.

—Il ne faut craindre qu’Allah! répète docilement la petite voix.

Il trottine auprès de moi, rasséréné, mais tout à coup je sens sa main trembler dans la mienne.

Une troupe de gamins remonte la rue avec des cris épouvantables.

—Sellal Qlouba! hurlent-ils, Sellal Qlouba...

Les boutiquiers inquiets rabattent en hâte les volets de leurs échoppes; les fillettes qui allaient à la fontaine, chargées de leur cruche, se sauvent en pleurant; des femmes affolées s’empêtrent dans leurs haïks; quelques hommes se précipitent vers la mosquée...

Dès qu’il est à la maison, Saïd, encore tout ému, terrorise les petites filles par ses descriptions.

—Il est plus grand qu’un minaret, il a un ventre comme une outre. Sa bouche! ô mes sœurs! se bouche est semblable à Bab Mansour[65]. Vous pouvez demander à ma mère. Elle l’a vu.

Qui donc oserait nier l’existence d’un être qui met toute la ville en panique?