—O mon malheur! ô ma petite mère... Mes os sont cassés!... O mon foie!... Mon cœur éclate!
—Tu es encore une fois retourné chez tes sœurs! Ce sont elles qui t’ont donné ces beignets?
—O ma mère! Par le serment je ne les ai pas vues! Je n’ai pas quitté la mosquée avant l’aser. Demande au lettré... Comment aurais-je été chez mes sœurs?... O mon petit ventre. Qu’il me fait mal!
Saïd a toujours les accents de l’innocence. Je renonce à savoir et vais retrouver mon mari dans le salon. Kaddour l’avertit, justement, qu’un indigène attend à la porte.
—Qui est-ce?
—Je ne le connais pas. Il dit qu’il veut te parler, à toi-même... Sur lui, pas de mal, ajoute le mokhazni pour exprimer que l’autre semble riche.
—Fais-le monter...
Kaddour accompagne un Marocain bien vêtu, à la figure blême et bouffie, au regard fuyant. Sans doute un marchand de Fès dont il a le type.
Il nous salue avec des formules obséquieuses que mon mari doit arrêter.
—Est-ce pour une affaire? Pourquoi ne pas être venu me parler au bureau?