—O Puissant! s’écrie-t-il après avoir examiné la poudre que je lui tends, c’est du rahj[73], ce maléfice que l’on vendait au souk avant l’arrivée des Français!... Par le Prophète! est-ce possible? Ce fils de péché voulait vous empoisonner!
Saïd a pris un air tellement candide que je ne sais même pas s’il comprend l’action que ses sœurs ont voulu lui faire commettre... Mais que ne commettrait-il pour une orange?
Kaddour est devenu bien jaune, et ses yeux noircissent à la limite des ténèbres. Sans un mot, il saisit l’enfant et lui, toujours indulgent à ses fautes, tendrement habile à leur trouver des excuses, il se met à le battre avec rage.
Saïd pousse d’épouvantables rugissements. Kaddour a la main si dure!
—O mon père! crie l’enfant, ô mon père, secours-moi!... Je veux retourner chez toi! Viens me prendre, ô mon père!... Ils veulent me tuer! ô mon père!
Je parviens, toute tremblante, à arrêter Kaddour qui frémit.
—C’en est assez! Emmène-le à son père!... Et qu’on ne le revoie jamais!... Ses sœurs, tu les conduiras au pacha. S’il plaît à Dieu, elles expieront leurs méfaits... Ne touche plus à ce démon. Que le potier se débrouille avec ce qu’il a engendré!
Kaddour s’éloigne, traînant Saïd en pleurs. La misérable petite chose qui était entrée dans notre vie s’en détache...
Délivrée de Saïd, que l’existence paraît donc savoureuse et facile!
8 mars.