Un petit tas rutile au soleil sous les arcades. Les caftans accroupis dépassent à peine une coudée au-dessus du sol. Le caftan jaune de Rabha se penche vers les caftans roses et bleus de Yasmine et de Kenza.

Je sais qu’il n’est pas question de poupées, les fillettes marocaines ne connaissent guère cette distraction, mais plutôt de quelque histoire colportée par les terrasses.

Des phrases, parvenues jusqu’à moi, attirent mon attention:

—Elle était vierge, déclare Kenza.

—Les gens le disent!... Son visage est rond et brillant comme la lune. Dada Fatouma l’a vue...

—Tous les hommes sont fils de péché, prononce Yasmine, avec une mine avertie.

—L’autre se dessèche et jaunit de teint.

—De qui parlez-vous, petites filles? demandai-je.

—De Lella Meryem... O ma mère, l’ignores-tu? Cette gazelle a une rivale dans sa demeure! Mouley Hassan vient d’offrir à son fils une belle esclave blanche, et Mouley Abdallah est entré, chaque nuit, dans sa chambre...

—Chose surprenante, en vérité! Qui te l’a rapportée?