—Une négresse de Lella Oum Keltoum. Toute la ville à présent le sait... Les esclaves de Lella Meryem le racontèrent à des voisines.

—Mabrouka, passant près de chez Mouley Abdallah, questionna des gens... Dada Fatouma, qui allait faire une commission à Lella Meryem, aperçut la nouvelle esclave.

—Elle a coûté trois cents réaux. L’intendant de Mouley Hassan fut à Fès, l’acheter.

—Elle ne passa point dans la maison du Chérif, c’est pour cela qu’elle était vierge... affirme Rabha.

Malgré les détours que prit cette nouvelle pour me parvenir, je ne doute point qu’elle ne soit exacte. Mouley Hassan jugeait insensé l’engagement pris par son fils avec Lella Meryem.

—Il faut quatre femmes à l’homme, disait-il un jour à mon mari, de même qu’il faut quatre jambes au cheval. C’est pourquoi le Coran nous a fixé ce nombre.

Son libertinage a dû trouver fort plaisant de donner au mari trop fidèle une esclave aussi belle et blanche que l’épouse légitime.

J’ai négligé ma charmante amie depuis quelque temps. Ainsi, j’ignorais le malheur écrit sur son destin.

Les petites filles disent qu’elle se dessèche et jaunit... Mais que peut craindre Lella Meryem d’une autre femme, elle qui réunit toutes les séductions et les grâces?... D’ailleurs elle n’a pas d’amour, ou si peu.

Je la trouve, en effet, riante et parée selon sa coutume. Le carmin de ses joues m’empêche de vérifier les allégations de Rabha quant à son teint. Son corps svelte est plus pliant qu’une branche de saule, mince et pendante. Ses yeux, ô ses yeux ensorceleurs, où l’on croit saisir les reflets du ciel!...