Elle se plaint de ma longue absence, m’offre le thé, rit, bavarde, caquetage vide et charmant de petit oiseau qui ne pense à rien qu’à chanter.
La sombre maison garde son habituelle et somptueuse mélancolie. Une esclave pile du cumin dans un mortier en cuivre, la cadence des coups accompagne notre insignifiant entretien. Des femmes sont assemblées, près de la fontaine, mais je n’y découvre pas d’inconnue. Le négrillon Miloud renifle et pleure derrière une colonne.
Il vole tout ce qu’il trouve, malgré les châtiments, explique Lella Meryem. Frappe l’esclave, ce pécheur, ton bras sera usé bien avant sa malice...
Nous disons encore de petites choses, sans intérêt, et je me lève pour partir. Alors, Lella Meryem me retient, et, son délicieux visage soudain bouleversé,—vraiment elle est jaune de teint! la petite Cherifa m’interroge:
—Tu le sais? Les gens te l’ont raconté?
—Quoi donc?
—Que Mouley Abdallah reçut de son père une esclave blanche.
Ses lèvres frémissent, son regard se noie, elle pleure...
—Que t’importe?... Une esclave et c’est tout... Ton époux en a bien d’autres...
—Oui, mais ce sont des négresses. Celle-là est blanche.