—Elle l’est sans doute moins que toi.
—Tu vas voir, dit Lella Meryem, après avoir séché ses larmes. Qu’Aoud el Ouard apporte des parfums, commande-t-elle au négrillon.
Aoud el Ouard! tige de rose, le joli nom! bien fait pour cette adolescente au visage enchanteur, aux seins fermes et glorieux, aux yeux de nuit, aux hanches souveraines.
Elle entre, et, malgré qu’elle soit une esclave, elle a toute l’assurance et l’allure d’une maîtresse des choses.
N’est-ce point d’elle que le poète a dit:
Une pleine lune marche avec fierté
En se balançant comme un roseau.
—Cette maudite! s’exclame Lella Meryem après son départ. Elle me regarde avec insolence, on dirait qu’elle est cherifa et non esclave, fille d’esclaves... Que ferai-je maintenant, je suis exilée de ma propre demeure... Je ne veux plus quitter ma chambre; dès que je sors dans la cour, elle me nargue... Au lieu de la mettre avec les négresses (la plus noire vaut mieux qu’elle dix fois et plus!), Mouley Abdallah lui a donné la petite mesria[74]!
—Ta chambre est beaucoup plus belle.
—Assurément... Mais, si Mouley Abdallah monte à la mesria?... O cette calamité!
—Par le Prophète! Lella Meryem, ne crois pas que ton époux te préfère cette esclave.