—C’est une honte! Elle n’a pas donné son consentement.

—Lella Oum Keltoum est folle, affirma Lella Meryem, ses refus font parler tous les gens.

—O mon étonnement de t’entendre! Ne m’as-tu pas dit mille fois que Lella Oum Keltoum avait raison?...

Cette contradiction n’émeut pas la Cherifa.

—Je t’ai dit cela, dans le temps! A présent, il est clair qu’elle est folle. Puisque le Sultan a fait savoir au Cadi, par son chambellan, qu’il désire ce mariage, Lella Oum Keltoum n’a qu’à se soumettre. Les unions entre parents sont bénies d’Allah, à cause de leur ressemblance avec celle de Lella Fatima, fille du Prophète, et de son cousin, notre seigneur Ali. Les noces de Lella Oum Keltoum et de Mouley Hassan seront un bonheur dont il faut se réjouir.

—O chérie! O celle dont la langue est experte! répondis-je en souriant, Mouley Hassan t’a donc achetée toi aussi?

Le petit visage de la Cherifa rosit, lumineux, ainsi que la lune surgissant à l’horizon.

—Seulement, ajoutai-je, il ne t’a rien donné. C’est toi qui lui rendis Aoud El Ouard...

27 mars.

Turbulent et leste, Kaddour remplit la maison de son agitation. Les petites filles, radieuses, se bousculent, tout affairées; Hadj Messaoud piaffe devant ses fourneaux; Saïda, la négresse, affuble son minuscule négrillon d’un superbe burnous émeraude.