—Doucement! Par combien de fois l’as-tu répudiée?
—Deux fois, pas davantage. Les notaires m’ont demandé d’attendre un peu avant la troisième répudiation, mais je veux le faire tout de suite, et ce sera fini.
—Voyons, Kaddour! à cause d’une sacoche, tu oublies tout son bien.
—Tout son bien! Elle ne m’apporta que le malheur et la honte.
—Tu ne sais te passer d’elle, et tu connais votre loi musulmane: quand tu l’auras répudiée trois fois, tu ne pourras plus la reprendre que si elle a épousé, entre temps, un autre homme... Voudrais-tu la savoir dans la maison d’un autre? Et que diraient les gens?
A cette idée Kaddour est devenu très jaune de teint. Il fronce les sourcils, halète un peu.
—Pour ton visage! finit-il par répondre, je vais chercher Zeïneb. C’est une fille de gens honorables. Elle s’est évidemment réfugiée chez sa mère... Il lui fallait du henné, car elle doit aller à des noces demain, et j’avais oublié de lui laisser de l’argent... Avant de prononcer la troisième répudiation, j’écouterai ce qu’elle dira de ma sacoche...
5 avril.
Pour échapper aux raisonnements, à l’anxiété, au vertige d’horreur où nous sommes entraînés, il faut de vastes paysages joyeux, et des spectacles apaisants.
Allons au cimetière oublier la mort, et toutes les choses tragiques de ce temps.