Dans les salles, tous les sofas étaient neufs, bien rembourrés et chargés de coussins. Des haïtis, en velours éclatant, garnissaient les murailles, des tapis d’Angleterre couvraient les miroitantes mosaïques, et de grands miroirs, venus d’Europe, reflétaient la transformation des choses, au milieu de cadres très dorés.
Lella Oum Keltoum s’avance vers moi, le visage plein, avenant et reposé. Des caftans de drap alourdissent mollement ses gestes et lui donnent une imposante ampleur. La sebenia de soie, remplaçant la simple cotonnade blanche permise aux vierges, laisse tomber de longues franges multicolores autour de ses joues peintes. Des anneaux d’or, enrichis d’énormes rubis, se balancent à ses petites oreilles brunes qu’ils déforment, et la ferronnière, qui brille au milieu de son front, est constellée de diamants, étincelants à faire jaunir d’envie toutes les sultanes.
Je ne l’ai point questionnée sur Mouley Hassan, et la petite épouse ne m’en a rien dit, mais il semble présent partout en cette demeure. Son nom est dans toutes les bouches, son selham, bien plié, reposait sur un matelas, et le nerf de bœuf, dont il use volontiers avec les esclaves, pendait à la muraille, à côté d’un chapelet et d’un poignard au fourreau d’argent.
Après les premiers compliments et les nouvelles de mon voyage, Lella Oum Keltoum m’entretint, très longuement, de terrains contestés que le Chérif veut acheter... Histoire étrange et bien compliquée pour une petite Musulmane... Cependant cela semble la passionner tout autant que les présents dont son époux la comble, les caftans d’une invraisemblable somptuosité qui emplissent tous ses coffres et les bijoux trop modernes, massifs et surchargés d’insolentes pierreries, qu’elle me fit évaluer avec orgueil.
Lella Oum Keltoum a pris l’assurance tranquille d’une maîtresse des choses. Les négresses exécutent ses ordres avec empressement. Elles ne traînent plus, négligentes, à travers la demeure, et se tiennent debout, adossées aux portes, humbles et prêtes à servir, ou vaquent dans les cuisines à leurs besognes coutumières.
Elles s’apparentent déjà, par leurs airs repus, aux vigoureuses esclaves du Chérif; leurs faces camuses et sournoises se sont épanouies; des foutas neuves ceignent leurs fortes croupes.
Marzaka elle-même a repris tout naturellement la place qui convient. Lella Oum Keltoum la traite avec mansuétude et l’entente semble les unir parfaitement, sans aucune rancœur des querelles passées.
Opulente et nette en son caftan de drap géranium que tempère une tfina de mousseline blanche, la grosse négresse a renoncé aux brocarts fripés qu’elle arborait jadis, hors de propos. Elle se tient, selon la bienséance, un peu à l’écart sur le sofa, tandis que Lella Oum Keltoum siège avec moi au milieu du divan, place honorable d’où l’on aperçoit le patio.
Toujours mielleuse, prompte à l’adulation, Marzaka traite sa fille avec une flatteuse déférence.
Bénédiction[82]! ô Lella! répond-elle à ses moindres propos.