—Il n’y a pas de mal sur toi?
—Il n’y a pas de mal, répond-elle sans un sourire.
Le silence nous sépare de nouveau, comme chaque soir, car je n’ai pas su encore apprivoiser la taciturne. Lella Oum Keltoum détourne la tête et son regard s’en va très loin, dans le vague du ciel... Les esclaves bavardent et rient, accoutumées sans doute à cette étrange mélancolie. Une grosse négresse, flamboyante de fard, promène ses airs repus en des vêtements trop somptueux. Ses formes, d’une plénitude abusive, roulent et tanguent à chacun de ses pas. Une aimable grimace épanouit, en mon honneur, sa face de brute, tandis qu’elle s’approche de la terrasse.
—Comment vas-tu?
—Avec le bien... Quel est ton état?
—Grâce à Dieu!
—Qui es-tu?
—La «maîtresse des choses» en cette demeure, répond-elle, non sans une vaniteuse complaisance.
—Je croyais que Sidi M’hammed Lifrani,—Dieu le garde en sa Miséricorde!—n’avait laissé aucune épouse?
—Certes! mais moi, j’ai enfanté de lui Lella Oum Keltoum.