De Meknès on ne voit d’abord que des remparts et des ruines.
Les remparts déroulent, durant des heures, une ceinture farouche derrière laquelle on ne devine rien.
Parfois un palmier incline sa tête au-dessus des murailles, un olivier gris surgit dans une crevasse, quelques figuiers s’agrippent entre les cailloux.
Il semble que l’on soit destiné, comme en un conte, à longer inlassablement une cité mystérieuse et morte...
Puis, sur la colline, apparaissent les ruines. Ce sont de très vieux murs aux tons fauves, des palais à demi détruits, dont quelques arcades attestent encore les dimensions colossales; un enchevêtrement de terrasses vétustes, de treilles, de logis abandonnés, de pierres qui ne tiennent plus et que la végétation envahit... Seuls des minarets émaillés de vert, sveltes et luisants, dominent, intacts, l’immense écroulement de la ville.
A cette heure tardive où nous arrivons, la chaîne du Zerhoun est revêtue d’une brume violette, striée de grandes ombres bleues, et les ruines, subitement, se dorent, flamboient et s’éteignent avec le crépuscule, plus grises, plus tragiques d’avoir été si lumineuses il y a quelques minutes à peine.
Le Chérif[1] nous a envoyé des esclaves et des mules. Un négrillon nous précède à travers les ruelles qui se croisent, se multiplient, s’engouffrent sous des voûtes aux ténèbres profondes. Puis elles reviennent à la faible lueur nocturne, pour nous mieux révéler l’infinie vieillesse et la mélancolie des bâtisses qui s’effondrent.
Combien de temps devrons-nous circuler dans cet impressionnant dédale, où les rares passants, enveloppés de leurs burnous, semblent des fantômes? Ils glissent le long des murs, sans plus de bruit que le halo de leurs lanternes, dont les sautillements jaunâtres exécutent une danse de feux follets.
Le ruelle se resserre, se fait plus noire et désolée, elle descend, à présent, au fond de l’ombre, par un grossier escalier de pierres, dans lequel nos mules butent à chaque pas. Le négrillon s’arrête... C’est ici?... Cette porte derrière laquelle on aperçoit un vestibule misérable?... Ici, la demeure du noble et richissime Chérif Mouley Hassan?...
Le voici qui s’avance, tout de blanc drapé, avec cet air altier dont il ne se départ jamais. Des esclaves noirs l’accompagnent, car il ne se déplace qu’en grande pompe, comme le Sultan que son orgueil voudrait égaler. Mais un sourire adoucit, pour nous, la fierté de ses allures. Le Chérif nous honore d’une amitié particulière depuis que mon mari eut, au Maghzen[2], l’occasion de débrouiller une affaire de faux dont il avait été victime.