Deux d’entre elles voilaient leurs caftans sombres d’un izar en mousseline jaune. La troisième, une négresse fort noire, l’air bestial et satisfait, avait un izar blanc sur un caftan rose à ramages. La quatrième, la plus splendide, était revêtue d’un caftan émeraude, broché d’or, et d’un izar géranium. Sa volumineuse coiffure ceinte de bandeaux d’or se couronnait d’un turban de plumes. Une ferronnière de diamants brillait au milieu de son front, d’énormes anneaux d’oreilles enrichis d’émeraudes, des colliers de perles et de pierreries aux longues pendeloques, la paraient d’une manière somptueusement barbare, et, hiératique, elle pensait:
—Oh! que cette coiffure me fait mal!... Je voudrais tant remuer un peu... Cette fête a un caractère étonnant! Voilà bien les Mille et Une Nuits!... Ces vêtements m’écrasent, je n’en peux plus... il faut cependant rester jusqu’au bout.
Pendant ce temps, la neggafa[33], aux pieds du fantôme doré de la mariée, faisait la présentation des cadeaux:
—Allah!... psalmodiait-elle d’une voix chantante,
Allah soit avec ma maîtresse, ma bénédiction!
Allah soit avec Lella Fathma
Qui a jeté ce caftan broché
En faveur de la mariée.
Et que cela lui soit rendu avec le bien!
S’il plaît à Dieu!
Allah soit avec ma maîtresse, ma bénédiction!
Allah soit avec la haute influence!
Allah soit avec la femme du hakem
Qui a jeté ces bracelets
En faveur de la mariée.
Et que cela lui soit rendu avec le bien!
S’il plaît à Dieu!
Tous les regards se tournaient, un moment, vers l’idole impassible que j’étais...
Depuis trois jours, je suivais les cérémonies de ces noces et j’avais varié mes toilettes, selon l’usage, en graduant savamment leur splendeur.
Lella Fatima Zohra me parait chaque fois de ses nobles mains. Elle m’avait même prêté quelques-uns de ses lourds et inestimables joyaux pour ajouter aux miens.
—Car, me disait-elle, du moment que tu revêts nos costumes pour les fêtes, il convient que tu sois la plus belle, afin que les critiques t’épargnent. On te regardera plus qu’une autre, ô ma fille! Sache qu’aucun détail de ta toilette ne passera inaperçu. Mais, grâce à Dieu! ton époux ne «rétrécit» pas avec toi!... Tes parures, neuves et superbes, sont bien dignes de la femme du gouverneur... Laisse-moi cependant te mettre ces anneaux d’oreilles, que le Chérif m’apporta récemment de Fès. Les tiens, encore que les pierres en soient estimables, sont très anciens, passés de mode... Les invitées en riraient.