Lella Fatima Zohra est la sagesse même. Elle connaît le cœur des femmes.

Le premier jour j’avais un caftan de satin «raisin sec» et une tfina de mousseline blanche; le second jour, un caftan de brocart noir à grands ramages multicolores; et le troisième jour, j’étais devenue cette idole éblouissante, drapée de gaze géranium.

Du fard avivait mes joues trop pâles, des dessins bruns et minutieux s’élevaient entre mes sourcils à la courbe rectifiée; mes yeux s’allongeaient de kohol. Mon visage apparaissait minuscule au milieu des joyaux, sous l’enroulement soyeux du turban.

Parfois j’apercevais dans un miroir, accroché au-dessus d’un sofa, cette étrange sultane empanachée. Je doutais que ce pût être moi!... Mais je me sentais ainsi mieux adaptée au cadre, à la fête et à la foule brillante des noces.

Yasmine et Kenza s’enorgueillissent de mon faste, elles s’en trouvent rehaussées à leurs propres yeux.

—Tu étais la plus salée de toute assemblée! déclare Kenza. Tu avais une démarche plus noble que les autres, on eût dit une femme du Dar Makzen[34]... Je ne regardais que toi: et, te voyant si belle, mon cœur dansait!

23 mars.

Un petit terrah[35], portant ses pains au four, s’attarde à bavarder devant une porte. Je dérange son aventure, car c’est justement là que je me rends, et une tête ronde, noire, crépue, disparaît à l’instant où je m’engage dans l’impasse. Au fond du vestibule, je retrouve Minéta, la petite négresse bavarde et coquette. Elle me sourit de toutes ses dents et de ses yeux d’émail mauve.

Ce n’était que moi!... elle se rassure. J’ai, dans les harems, la réputation d’être discrète. Minéta ne craint pas que je la dénonce, elle regagne la porte avec une tranquille impudeur.

Lella Lbatoul buvait le thé, entourée de femmes. Elle m’accueillit par des reproches: