Elle tendit sa baguette à la coupable, d’un geste impératif.

Alors la fillette releva ses caftans, les fixa soigneusement dans sa ceinture, laissant ainsi ses jambes et ses cuisses à nu, jusqu’au bas de son petit ventre noir. Puis elle prit la baguette et se mit à s’en fouetter elle-même, à coups cinglants, tandis que ses yeux s’emplissaient de larmes. Des lignes blêmes commencèrent à rayer sa peau. Lella Lbatoul, impassible, la surveillait.

—Comment se fait-il qu’elle frappe si fort? murmuré-je.

—C’est qu’elle sait bien que, si elle ne frappait pas comme il convient, deux esclaves s’empareraient d’elle aussitôt et lui infligeraient, de leurs mains, un châtiment plus cuisant.

Quelques gouttes de sang glissaient le long des cuisses, et la négrillonne pleurait à gros sanglots, la bouche crispée, tout en continuant à se fustiger, consciencieusement, sans faiblesse, pour l’amour du petit terrah.

28 mars.

Vers le soir, à l’heure où s’embrasent les vieux remparts, il est doux et paisible d’aller rêver, boire du thé, parler un peu et contempler en silence, dans l’arsa de Mouley el Kebir, chef de la famille impériale.

Il faut suivre, pour s’y rendre, un chemin désert, impressionnant, solennel au milieu des ruines.

Mais ce ne sont point des ruines habituelles, des ruines de demeures humaines, ces murailles si démesurées, si épaisses, au bas desquelles on se sent infimes, écrasés, tels des insectes; ces voûtes immenses, ces arcades, ces salles larges comme des places publiques... Elles n’ont plus de plafond, plus de carrelage; les arbres forment des vergers très riants entre les murs où des cigognes bâtissent leurs nids.

Parfois on distingue encore une inscription rongée par le temps, un fragment de stucs ciselés, quelques carreaux d’un ton précieux. Et cela rappelle que, jadis, ces lieux furent habités, somptueux et clos, que les sofas et les tapis s’étalaient à la place des herbes sauvages, que l’eau riait au fond des bassins et qu’une vie intense anima cette désolation.