Zeïneb, gémissante, reste affalée. J’avise Mina qui pleure dans un coin:
—Soigne ta sœur! Et toi, dis-je à Kaddour, viens avec moi.
Nous sortons. Kaddour me suit, penaud, sans prononcer une parole; son turban, plus désordonné que de coutume, penche vers l’oreille, son visage saigne.
—Honte à toi! lui dis-je enfin, de battre ainsi ta femme! Qu’avait-elle fait?
—Elle bavardait avec les voisines malgré ma défense. Lorsque je suis rentré, rien n’était cuit, et elle m’accueillit par des paroles amères. Mina s’est jointe à elle. Ces femmes se liguent contre moi, je m’en débarrasserai... Je vais aller trouver le cadi pour répudier Zeïneb.
11 avril.
Kaddour erre dans le maison, les sourcils contractés d’un tourment persistant. Il ne rit plus, il ne bondit plus, il se traîne... Yasmine et Kenza ne parviennent pas à le distraire. Il reste sombre et va s’accroupir sous les arcades. Son grand corps maigre ne forme plus qu’un petit tas lamentable.
Il a reconduit Zeïneb et Mina chez leur mère.
Le premier jour, Kaddour éprouvait un joyeux sentiment de délivrance dans sa demeure apaisée. Maintenant il la trouve bien vide, et les saucisses de mouton achetées au souk, les beignets que l’on mange seul sont loin de valoir les plats savoureux préparés par Zeïneb... Même les courtisanes de Sidi Nojjar perdent beaucoup d’attrait, lorsqu’on n’a plus le repos d’une épouse légitime.
Kaddour croyait convoler avec telle fille ou telle veuve du quartier; il s’en réjouissait fort, dans l’excitation de sa colère. Cela lui semble aujourd’hui peu plaisant de dépenser tout l’argent de la dot[36] et des noces, pour se procurer une femme qui ne vaudra pas mieux que les autres.