—Elle est belle, et semble méprisable à qui n’en sort jamais...
—Le regretterais-tu?
—Certes, je refuserais de franchir la porte si on me le proposait!... Telle est notre coutume,—et nous, gens du Maghzen, devons la suivre plus strictement que les autres. Mais je pense parfois qu’il y a des rues, des souks, des arsas[11], des montagnes... et je ne connais que ces murs...
—Ils sont d’une splendeur sans égale, et tu possèdes un riadh plein de verdure pour rafraîchir tes yeux...
—Louange à Dieu!... Je te montrerai toute la maison lorsque les hommes en seront partis. Mais ce soir tu sembles fatiguée, ô ma fille, et, malgré la joie que me donne ta compagnie, je ne veux pas, après ce long voyage, t’empêcher de prendre du repos.
—Dieu te bénisse, ô Lella! tu n’as pas «raccourci[12]» avec moi.
—Qu’Allah te fasse dormir en son contentement!
—Puisses-tu te réveiller au matin avec le bien!
A travers les couloirs en labyrinthe, je regagne la salle des hôtes que nous occupons.
Et, sur une couche de brocart violet ramagé d’or, je perçois encore, en un demi-sommeil, le clapotis clair du jet d’eau, le glissement des pieds nus dans le patio, puis, angoissante et sublime, la clameur dont le muezzin déchire la nuit: