Lella Oum Keltoum frémit en lançant très haut ces paroles. Elle a oublié toute prudence, et les négresses, tapies avec Marzaka derrière notre porte, et les sournoises vengeances cruelles.
Une fierté la transfigure. Malgré le sang maternel, Lella Oum Keltoum est bien de la race des Chorfa Ifraniïne. Elle a leur orgueil magnifique, cet orgueil qui donne à Mouley Hassan tant de prestige, en dépit de ses vices et de son intelligence médiocre.
On a heurté à la porte tandis que nous causions. Ce sont les notaires. Une esclave les précède à travers le patio.
Les dignes hommes! Si blancs! si pudiques, dans l’enveloppement de leurs mousselines! l’air compassé, religieux et solennel qui convient; les pas feutrés, la démarche grave, les gestes onctueux et lents... O notaires incorruptibles! Gardiens des actes, dépositaires des serments les plus sacrés!
Derrière toutes les portes, toutes les grilles, toutes les balustrades, toutes les fentes des boiseries, des femmes curieuses les contemplent avec émotion.
Ils s’accroupissent, impénétrables, sur les sofas de la grande salle où on les a conduits. Puis les négresses les enferment soigneusement, verrouillent les volets et la porte, et Marzaka fait venir sa fille dans le patio.
Lella Oum Keltoum s’y rend, sans résistance, elle s’approche tout contre la porte qui la sépare des notaires. Sa silhouette se détache sur les rayonnantes décorations peintes et ciselées dans le cèdre, son petit visage brun reste souriant...
Peut-être éprouve-t-elle une volupté en parlant à ces hommes qu’elle ne voit point...
—Tu es bien Lella Oum Keltoum, fille de Sidi M’hammed Lifrani? Que Dieu le prenne en sa Miséricorde!...
—Oui, mes seigneurs.