—O ma sœur!

—O ma mère!

—O la meilleure des voisines!

Son caftan radis lamé d’argent, celui-là même que je lui vis aux noces de Ghita, recouvre le cercueil. Il promène une note gaie dans l’ombre des ruelles étroites. Parfois un rayon de soleil frôle les plis du satin et projette de beaux reflets roses sur les murailles rapprochées.

Je ne me suis pas mêlée à l’escorte, où les femmes n’ont que faire, et je la vois disparaître au détour d’une rue.

... Un chat saute entre deux terrasses d’un bond nerveux et tendu; un petit terrah passe en riant, sa planchette bien garnie des pains qu’il porte au four; la vie continue... Que faisait Zohor dans la vie?... Pourtant je reste là, oppressée par cette chose si poignante et si simple: l’effacement d’une existence.

—Pourquoi t’attrister? me dit Larfaoui qui m’avait aperçue, sortant de la maison mortuaire. Allah seul est durable! La morte, elle ne souffre plus, et il nous reste encore, à nous, la joie et la beauté.

12 mai.

Vainement je cherchais la tombe de Zohor, au milieu des herbes sauvages, des grandes ombellifères aux tiges aqueuses, des cactus bleus, épais et gonflés d’eau par les dernières pluies...

La terre s’étire, féline et lascive sous le soleil; une buée légère s’évapore, frissonnante comme une volupté.