—O ma mère, tu m’abandonnes! s’écrie une fillette avec conviction.

—O ma sœur, pourquoi me laisses-tu?

—Quelle souffrance tu causes à mon cœur!

—Qui t’a détournée de nous, ô chérie?

—Montre-moi le chasseur, celui qui donne la mort.

—O joie de la maison, où t’es-tu enfuie?

... Puis elles se taisent, car les matrones sont arrivées et l’on doit faire à la morte sa dernière toilette.

Lorsqu’elle est parfumée, lavée, habillée de vêtements blancs n’ayant ni ganses ni boutons, on l’enferme dans un cercueil. Les hommes retournent à la terre enveloppés d’un simple linceul, mais les femmes sont recluses jusque dans la mort.

La vieille Dada s’affaire aux préparatifs, elle en oublie de pleurer... Pourtant elle aimait cette douce maîtresse indolente. Qui ne la chérissait la pauvre! la colombe dont le cœur était blanc?

Lorsque les amis de Si Thami, les notaires bénins et compassés, les parents et les voisins, s’ébranlent en cortège après avoir récité le Coran, de longs cris désespérés fusent à travers les portes closes, derrière lesquelles les femmes épiaient la cérémonie. L’esclave se griffe le visage comme une Berbère... Zohor s’en va au milieu des lamentations.